Acclamé par ses partisans rassemblés sur le parvis de l’hôtel de ville, Bally Bagayoko a été installé samedi 21 mars comme maire de la nouvelle commune de Saint‑Denis‑Pierrefitte, à l’issue d’un conseil municipal marqué par de vifs heurts et des huées visant l’équipe sortante. Le nouveau maire, investi après une victoire dès le premier tour, représente La France insoumise (LFI) et prend la tête d’une ville issue de la fusion entre Saint‑Denis et Pierrefitte‑sur‑Seine.
Une séance d’installation sous tension
La passation de pouvoir s’est déroulée dans un climat tendu : le maire sortant, Mathieu Hanotin (Parti socialiste), et plusieurs membres de sa liste ont été copieusement hués par des dizaines d’habitants présents dans la salle. Face à ces interruptions, Hanotin a prononcé une brève allocution au cours de laquelle il a admis avoir « assurément sous‑estimé le besoin de proximité directe des habitants et des habitantes avec leur maire ».
Dans son discours, Bally Bagayoko a donné le ton en appelant au dialogue tout en avertissant contre ce qu’il a qualifié d’« logique de “bordélisation” de la gestion communale ». « Si Mathieu Hanotin et son opposition sont disponibles, nous leur tendons la main. Mais en revanche, si c’est une logique de “bordélisation”, en fin de compte, de la gestion communale, ça, nous ne l’entendrons pas », a‑t‑il déclaré devant les journalistes.
Un contexte politique renouvelé
La nouvelle commune, formée début 2025, rassemble aujourd’hui 150 000 habitants, ce qui fait de Saint‑Denis‑Pierrefitte la plus grande ville administrée par LFI, selon les informations présentées lors du conseil. Cette élection met fin à six ans de gestion socialiste de la ville, anciennement bastion du Parti communiste.
Le scrutin du 15 mars a vu la défaite de Mathieu Hanotin, crédité de 32,7 % des voix. Dès la soirée du 15 mars, selon le compte rendu, Bally Bagayoko a été la cible d’attaques sur les réseaux sociaux, qui ont notamment relayé une affirmation selon laquelle il aurait qualifié Saint‑Denis de « ville des Noirs ». La campagne de désinformation a, selon le texte, substitué ces mots à l’expression « ville des rois », provoquant une polémique reprise par certains médias.
Originaire des Hauts‑de‑Seine et issu d’une famille de parents maliens, Bally Bagayoko a voulu mettre fin à la controverse tout en critiquant l’extrême droite : « l’extrême droite [qui] a une oreille différente de la nôtre, elle a des yeux différents des nôtres, elle a un cerveau qui est différent », a‑t‑il déclaré, cité dans le compte rendu des échanges.
Sur le plan local, la cérémonie d’installation a également été marquée par des prises de parole radicales. Elsa Marcel, élue sous l’étiquette Révolution Permanente (deux sièges au conseil), a entamé son intervention en se disant « très heureuse de la défaite de M. Hanotin ». Elle a critiqué la minute de silence observée par l’Assemblée nationale pour Quentin Deranque, militant d’extrême droite décédé après une agression, et a appelé à rendre hommage selon elle aux victimes de violences policières.
La diversité des positions exprimées durant cette séance témoigne d’un paysage politique local fortement polarisé, où des formations allant de l’extrême gauche à la droite se livrent à des affrontements verbaux autour des symboles et des priorités municipales.
Dans sa prise de parole finale, Bally Bagayoko a insisté sur l’idée d’union et de réponse aux préoccupations quotidiennes des habitants. « Désormais, nous sommes dans une campagne qui consiste à être unis les uns les autres, pour que nous puissions répondre aux préoccupations des habitants », a‑t‑il déclaré, ajoutant qu’il refuse « une stratégie de chasse à l’homme ». Après le vote formel, il a entonné la Marseillaise, reprise par ses partisans.
Le conseil municipal d’installation de Saint‑Denis‑Pierrefitte a ainsi ouvert une nouvelle phase politique locale, marquée par la cohabitation entre attentes de proximité citoyenne, tensions idéologiques et polémiques nées de la campagne électorale. Les prochains mois permettront de mesurer comment l’équipe municipale récemment élue traduira ses engagements en décisions concrètes pour la commune réunifiée.




