Le cercle de réflexion finlandais Sitra publie une étude qui alerte sur l’influence des algorithmes des réseaux sociaux sur les jeunes Européens. L’analyse, présentée « mardi 10 mars » à Bruxelles, porte sur TikTok, X et Instagram et conclut que les recommandations favorisent majoritairement des contenus de droite, quel que soit le profil politique initial des utilisateurs.
Une enquête paneuropéenne axée sur les 18–29 ans
Sitra, créé en 1967 avec le soutien financier du Parlement finlandais, a commandé l’étude intitulée « Algorithms and Democracy : how social media shapes young Europeans’ worldviews ». La recherche a été menée en Finlande, en France et en Roumanie auprès de jeunes âgés de 18 à 29 ans. Sitra a indiqué qu’elle allait ouvrir une antenne à Bruxelles au moment de la présentation.
Selon Sitra, l’objectif était d’évaluer l’impact des systèmes de recommandation sur la vision politique des jeunes et d’évaluer les risques pour la démocratie et le débat civique, alors que les premiers éléments du Digital Services Act (DSA) commencent à s’appliquer en Europe.
Méthodologie : profils virtuels et analyse des recommandations
Les chercheurs se sont appuyés sur des partenaires externes, dont Bondata, un groupe finlandais de recherche, et le Behavioural Insights Team, un institut britannique spécialisé en sciences comportementales. Ils ont défini des catégories politiques (« gauche », « centre », « droite ») puis créé des profils virtuels, dits « avatars », représentant de jeunes utilisateurs âgés de 18 à 24 ans.
Les avatars ont été exposés aux flux de contenus que recommandent les algorithmes de TikTok, X et Instagram. L’analyse a mesuré la proportion de contenus classés politiquement selon les trois catégories retenues.
Résultats : une prédominance des contenus de droite
Les résultats mettent en évidence une forte prédominance de contenus qualifiés de « droitiers ». La proportion de contenus de droite atteindrait 58 %, contre 26 % pour la gauche et 16 % pour le centre. Les chercheurs notent que cette tendance persiste même lorsque l’avatar a un profil orienté à gauche : les recommandations restent majoritairement « droitières ».
Sitra souligne aussi d’autres éléments de contexte. Sur la base d’une enquête de Bondata, près d’un quart des jeunes Européens passent, en moyenne, huit heures par jour sur les réseaux sociaux, un chiffre qui a alerté les auteurs. Par ailleurs, les Eurobaromètres montrent que les réseaux sociaux sont devenus pour les jeunes la principale source d’information politique.
Les auteurs soulignent enfin des facteurs externes qui fragilisent la démocratie : tentatives d’ingérence étrangères, déclarations d’acteurs étatiques internationaux et un déclin général de la confiance envers les institutions politiques, selon le résumé fourni par Sitra.
Un appel à l’action européenne
Ilkka Rasanen, directeur des programmes européens de Sitra, plaide pour « un espace numérique plus sûr ». Dans l’entretien cité, il appelle à une réaction de l’Union européenne afin d’évaluer si les plateformes numériques ont créé « un biais dangereux pour la démocratie » et pour rétablir des conditions favorables au débat civique.
Ce plaidoyer intervient alors que le DSA, conçu pour encadrer les risques liés aux services numériques, commence à produire ses premiers effets réglementaires. Sitra présente son état des lieux comme un point de départ pour des actions politiques et techniques destinées à mieux rendre transparentes et responsables les logiques de recommandation.
Les auteurs insistent sur la nécessité d’études supplémentaires et d’une surveillance continue des algorithmes, sans toutefois détailler dans le communiqué les mesures concrètes qu’ils proposent à court terme.
En attendant, l’étude de Sitra renforce le questionnement public sur la manière dont les flux d’information automatisés influencent les opinions et sur le rôle que les institutions européennes doivent jouer pour protéger le débat démocratique.




