Marseille « est restée unie », a déclaré, visiblement ému, le maire Benoît Payan dimanche 22 mars, après sa réélection confortable à la tête de la ville. Sa liste de gauche, conduite hors de l’alliance avec La France insoumise (LFI), est arrivée devant le candidat du Rassemblement national, Franck Allisio. Payan avait répété depuis longtemps qu’il refuserait toute alliance avec LFI, qui s’est retirée entre les deux tours.
Un message politique clair
Dans l’entretien et dans ses déclarations de victoire, le maire a résumé ce qu’il entend pour l’avenir de la gauche en quelques formules franches : « Il faut savoir imposer des rapports de force à gauche ». Par ces mots, il met en avant l’idée d’une stratégie autonome pour les forces de gauche, capable de dessiner des lignes politiques et des équilibres clairs sans dépendre d’alliances qui, selon lui, auraient été inacceptables pour cette campagne.
Il a également tempéré toute lecture personnelle de ce succès : « J’avais dit qu’une défaite serait ma défaite, personnelle, mais cette victoire n’est pas la mienne. Cette réussite est collective. Je mesure le score fait ce soir. Je me méfie des sondages et je ne suis pas parti dans cette élection en me croyant favori. » Ces déclarations insistent sur la dimension collective du scrutin et sur la prudence vis‑à‑vis des projections médiatiques.
Une campagne marquée par la désinformation
Payan a décrit une campagne « dure sur tous les fronts », marquée selon lui par des rumeurs et de la désinformation. Il évoque explicitement des « fake news » et rapporte avoir entendu des accusations extravagantes de la part d’opposants, citant un exemple précis : l’affirmation selon laquelle il aurait eu « le projet de détruire Notre‑Dame‑de‑la‑Garde pour y mettre une mosquée ». Face à ce climat, il dit avoir dû « se couper des réseaux sociaux » et ne conserver aujourd’hui « plus qu’un compte Instagram ».
Ces éléments, rapportés par l’intéressé, illustrent la place prise par les rumeurs et la communication virale dans la campagne, ainsi que les choix personnels de l’élu pour limiter leur impact sur sa vie publique et sa stratégie de communication.
La sauvegarde d’une ville divisée évitée, selon le maire
Au‑delà des tensions de la campagne, Benoît Payan a insisté sur un objectif présenté comme central : empêcher que Marseille « se brise en deux ». Il a déclaré être « fier aujourd’hui d’avoir fait en sorte que cette ville ne se brise pas en deux », rappelant ainsi la dimension sociale et symbolique du scrutin dans une métropole marquée par des fractures politiques et territoriales.
Par ses propos, il revendique d’avoir mis en œuvre une stratégie qui a permis, selon lui, de rassembler suffisamment d’électeurs pour contrer la progression du Rassemblement national dans la ville, tout en restant fidèle à ses positions sur les alliances politiques.
Enjeux et interrogations pour la suite
Les déclarations de Benoît Payan posent plusieurs questions pour l’avenir politique local et pour la gauche : comment traduire dans la gouvernance municipale la promesse d’unité avancée pendant la campagne ? Comment gérer les relations avec les formations de gauche restées à l’écart de l’alliance ? Et quelles réponses apporter à la désinformation qui, selon le maire, a pesé sur le débat public ?
Le maire a exprimé une ligne stratégique — autonomie vis‑à‑vis de LFI, résistance aux pressions et priorité à la cohésion municipale — sans détailler dans l’immédiat les mesures concrètes qui en découleront pour l’action publique. Ses propos signalent cependant une volonté de définir un rapport de force à gauche, plutôt qu’une logique d’accommodation systématique.
Sur le plan personnel, Payan affiche une prudence habitée par la mesure des résultats : il se dit prudent vis‑à‑vis des sondages et rappelle que, dans cette élection, il ne s’est pas vu comme favori. Les éléments qu’il a rapportés — retrait de LFI entre les tours, campagne entachée de rumeurs, coupure partielle des réseaux sociaux — constituent le contexte qu’il invoque pour expliquer tant le niveau de la mobilisation que la nature de sa victoire.
Sans annonces détaillées sur les politiques à venir, le maire réélu encadre déjà son mandat par des objectifs politiques : préserver l’unité de la ville, affirmer une stratégie autonome à gauche et contrer la désinformation. Ces lignes directrices orienteront vraisemblablement ses choix d’ici aux prochains mois, alors que la gouvernance municipale devra traduire en actes les promesses et les priorités affichées au soir du scrutin.





