La comparaison commence par une image : « la femme sans âge », cette célèbre illusion d’optique où l’on peut voir alternativement une jeune élégante ou une vieille dame. Selon le regard, le même dessin devient contrasté. Après le second tour des municipales, le bilan du parti présidentiel, Renaissance, se prête à la même lecture. Gabriel Attal choisit d’embrasser la version positive.
À la tribune, le président du mouvement s’est fait le héraut d’un relatif succès : « doublé son nombre d’élus locaux partout en France », a-t-il affirmé, et pour la première fois « deux villes de plus de 100 000 habitants » auraient basculé sous l’étiquette Renaissance — Bordeaux et Annecy — portées par les listes menées par les anciens ministres Thomas Cazenave et Antoine Armand.
Bilan électoral : des gains symboliques, pas de raz-de-marée
Sur le papier, ces progrès existent et offrent une vitrine médiatique bienvenue. Mais ils restent limités au regard du point de départ du mouvement. Renaissance, parti arrivé récemment sur l’échiquier municipal, partait « de presque rien » aux élections locales. Les gains se mesurent davantage en points symboliques qu’en ruptures structurelles du maillage territorial.
Le parti a cherché à rattraper un handicap hérité des municipales de 2020. Comme l’a expliqué Franck Riester, secrétaire général délégué aux élections, « Contrairement à d’autres majorités par le passé, nous n’avons pas pu bénéficier d’une dynamique grâce au cumul des mandats. Et en 2020, nos députés, qui étaient les plus connus sur le terrain, ne voulaient pas y aller. » Cette difficulté à capitaliser localement avait fragilisé la campagne précédente (en 2020) et contraint le mouvement à revoir ses méthodes.
Stratégie d’alliance et prudence tactique
Depuis décembre 2024, date à laquelle Gabriel Attal a pris la tête du mouvement, la stratégie a été essentiellement pragmatique. Plutôt que d’imposer des têtes de liste estampillées Renaissance dans les grandes villes, la direction a privilégié des accords locaux. Le parti a souvent proposé des colistiers en position éligible au sein de listes conduites par d’autres formations politiques mieux implantées.
Ce choix traduit une lecture lucide : l’étiquette « macroniste » reste, selon certains cadres, un handicap électoral. « Demandez donc aux candidats comment ils l’ont vécu, ça ne met pas beaucoup de vent dans les voiles », a confié en petit comité le secrétaire général du parti, dénonçant l’impact d’un débat national tendu sur des scrutins municipaux où la proximité compte davantage.
Résultat : si Renaissance peut revendiquer des avancées notables, elles ne changent pas la physionomie générale d’une scène municipale marquée par des forces locales solides et par une contention des électeurs autour d’enjeux concrets plutôt que d’étiquettes nationales.
Limites et signaux pour 2027
La direction d’Attal a voulu éviter que Renaissance « rime avec déconfiture », selon la formulation du parti, et cherche à capitaliser sur l’expérience acquise lors de ces municipales. Néanmoins, après neuf années de présidence d’Emmanuel Macron (depuis 2017), le bilan électoral du mouvement présidentiel demeure, sur le plan local, loin d’être massif.
Les succès enregistrés — gains d’élus locaux, percées à Bordeaux et Annecy — sont utiles pour la communication politique et pour reconstruire une base d’élus. Ils resteront cependant insuffisants s’ils ne s’accompagnent pas d’un renforcement durable des structures locales et d’un discours adapté aux réalités municipales.
La lecture optimiste portée par Gabriel Attal est donc politique : elle vise à transformer des victoires ciblées en momentum pour l’avenir. Mais ces résultats poseront aux dirigeants du mouvement la double question de la consolidation locale et de la manière d’éviter que l’étiquette nationale n’érode les chances locales lors de futurs rendez-vous électoraux.
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