Un second tour marqué par des basculements et des confirmations
Le second tour des élections municipales a produit plusieurs surprises et confirmé certaines dynamiques apparues au premier tour. La France insoumise (LFI) a renforcé son ancrage local dans plusieurs communes, tandis que la droite et le camp macroniste ont repris ou conservé des préfectures symboliques. L’extrême droite, malgré quelques succès locaux, n’a pas réalisé de percée généralisée dans les grandes villes.
Les victoires de La France insoumise
LFI a converti au second tour des positions déjà fortes au premier tour. À Roubaix, le député David Guiraud l’a emporté avec 53,19 % des voix face au maire de droite sortant Alexandre Garcin ; il avait obtenu 46,64 % au premier tour.
Après la victoire de Saint-Denis le 15 mars, remportée par Bally Bagayoko, la voisine La Courneuve a basculé à son tour. Le député LFI Aly Diouara a obtenu 51,53 % des suffrages contre 48,47 % pour le socialiste Oumarou Doucouré. Sa liste avait reçu le soutien de la liste arrivée troisième, conduite par Nadia Chahdoune, et du maire communiste sortant Gilles Poux.
Dans le Rhône, Idir Boumertit et le camp mélenchoniste ont également arraché Vénissieux aux communistes, l’écart n’ayant été que de 25 voix, soulignant la tension de ce scrutin local.
La gauche entre consolidations et résistances
La gauche, au sens large, a signé plusieurs victoires notables. À Pau, Jérôme Marbot (PS) a remporté la municipalité avec 42,45 % des voix, privant François Bayrou de son fief historique, la marge s’établissant à 344 voix.
À Saint-Étienne, confronté à une triangulaire incluant le Rassemblement national, une liste de droite et une liste insoumise, le socialiste Régis Juanico a obtenu 44,13 % des suffrages. Il était arrivé en tête au premier tour avec 29,16 %.
Autre gain de gauche : Nîmes, où le communiste Vincent Boutet, soutenu par les écologistes et le PS, l’a emporté avec 40,97 %, devant le RN (37,52 %) et Les Républicains (21,52 %).
Les succès du camp macroniste
Le camp macroniste a repris des villes autrefois tenues par la gauche. À Bordeaux, la préfecture de Gironde, gagnée par les écologistes en 2020, est revenue au député Renaissance Thomas Cazenave, qui a récolté 50,95 % des voix.
À Annecy, l’ancien ministre et député Renaissance Antoine Armand a été élu avec 49,36 % des suffrages. Sa victoire a été facilitée par le retrait de la liste de droite, arrivée troisième au premier tour (21,29 %), ce qui a concentré les voix face à la liste de gauche conduite par Alexandre Mulatier-Gachet.
La droite et des retours symboliques
Les Républicains ont signé plusieurs retours importants, parfois dans des bastions de longue date. Clermont-Ferrand, fief socialiste depuis 1944, est passé à droite : la liste de Julien Bony a obtenu 50,91 % des voix dans une triangulaire impliquant le RN.
Brest bascule à droite pour la première fois en 35 ans : Stéphane Roudaut a recueilli 57,38 % contre 38,3 % pour le maire socialiste sortant François Cuillandre, rallié par LFI après le premier tour. Besançon est également revenue à la droite avec la victoire de Ludovic Fagaut (53,29 %) face à l’écologiste Anne Vignot (46,71 %).
À Tulle, fief historique de personnalités socialistes, une liste divers droite a remporté le scrutin avec 54,25 % contre 38,82 % pour la liste menée par Bernard Combes.
Les gains de l’extrême droite restent localisés
Le Rassemblement national a enregistré des succès locaux, mais sans transformer l’équilibre national des grandes villes. À Nice, Éric Ciotti a obtenu 48,54 % face à Christian Estrosi (37,2 %), une victoire rendant le scrutin particulièrement suivi en raison des enjeux locaux et des figures en présence.
Le RN a aussi remporté des mairies dans le sud-est et ailleurs : Christophe Barthès à Carcassonne, Florian Azéma à Castres, Alexandra Masson à Menton, et une victoire à Liévin où le candidat, collaborateur parlementaire de l’eurodéputée Marie Dauchy, a obtenu 53,58 % face au sénateur socialiste Jérôme Darras.
Un paysage municipal fragmenté
Au terme de ce second tour, le paysage municipal français apparaît fragmenté et contrasté selon les territoires. Des villes traditionnelles changent de couleur politique, d’autres confirment des tendances émergentes, et les coalitions locales ont souvent dicté le résultat final. Les pourcentages et les marges évoqués montrent la diversité des configurations : triangulaires, retraits stratégiques ou alliances post‑premier tour ont joué un rôle déterminant.
Ce scrutin illustre la recomposition en cours du champ politique local, où forces nationales et dynamiques municipales se rencontrent et parfois s’affrontent, avec des résultats très variables d’une ville à l’autre.





