Mis en cause après la publication des « Epstein Files », Jack Lang et sa fille Caroline contestent avoir reçu « un centime » de Jeffrey Epstein. Néanmoins, le Parquet national financier (PNF) a ouvert, le 6 février, une enquête pour soupçons de « blanchiment de fraude fiscale aggravée » et a ordonné des perquisitions dans plusieurs lieux, dont l’Institut du monde arabe (IMA), que Jack Lang dirigeait depuis 2013.
Les éléments matériels de l’enquête
Au cœur des investigations figure une société offshore créée en 2016 par Jeffrey Epstein et Caroline Lang, une structure dont l’existence a été révélée par Mediapart le 2 février. Selon le dossier transmis au PNF, les enquêteurs cherchent à déterminer la nature des flux financiers liés à cette société et à établir si des fonds ont transité vers des comptes liés aux intéressés.
Les perquisitions ciblent plusieurs adresses et documents : courriels, contrats, relevés bancaires et échanges professionnels susceptibles d’éclairer la chronologie des relations entre les Lang et Epstein. L’IMA a été visé parce que Jack Lang en assurait la direction depuis 2013, poste qui donne accès à des dossiers administratifs et financiers susceptibles d’être pertinents pour l’enquête.
Chronologie des demandes financières et communications
Les intéressés ont affirmé publiquement n’avoir sollicité que « deux coups de main » financiers de la part d’Epstein. Dans un entretien cité par Le Monde, ils évoquent deux demandes précises : une requête de Monique Lang, en septembre 2015, pour un montant de 30 000 euros, et une demande faite par Jack Lang en septembre 2018, pour 50 000 euros, destinée à la production d’un film intitulé Jack Lang, la traversée du siècle.
Cependant, une masse de courriels rendus publics depuis le 30 janvier contient des échanges qui complexifient ce récit. L’un d’eux, daté du 26 novembre 2012, montre que Caroline Lang a transmis à Jeffrey Epstein des coordonnées bancaires au nom d’une entité identifiée comme ADCM, « association des cultures du monde ». Dans le message, elle écrit : « Cher Jeffrey, enfin, mais sans urgence. Tu trouveras ci-joint les coordonnées bancaires d’ADCM “association des cultures du monde”. A mercredi, gros bisous. Caroline. »
Cette correspondance, si elle est authentifiée, anticipe de plus de trois ans la création officielle de la société offshore de 2016 et laisse supposer que des échanges financiers auraient pu intervenir dès 2012, année que les Lang présentent comme celle de leur amitié avec Epstein.
Ce que l’enquête doit encore établir
L’ouverture d’une enquête et la réalisation de perquisitions constituent des actes d’instruction visant à établir des faits et non des jugements sur la culpabilité. Le PNF devra notamment vérifier l’existence de transferts financiers, leur destination et leur lien éventuel avec des opérations de fraude fiscale présumée.
Les investigations porteront aussi sur la nature exacte de la société offshore créée en 2016 : date de constitution, bénéficiaires effectifs, mouvements de fonds et justificatifs d’opérations. Les courriels et pièces saisis devront permettre d’apprécier si les versements — le cas échéant — correspondaient à des dons, des prêts, des financements de projets culturels ou à d’autres formes de transfert.
Par ailleurs, la défense des Lang insiste sur l’absence, selon eux, de toute rémunération perçue de la part d’Epstein. Ils répètent n’avoir touché « un centime », formule reprise dans plusieurs communiqués et interviews. C’est un point central que vérifieront les enquêteurs à partir de documents bancaires et d’éléments comptables.
Enjeux judiciaires et information du public
Cette affaire articule des questions pénales (blanchiment et fraude fiscale) et des interrogations publiques sur les relations entre personnalités publiques et mécènes privés. Les magistrats financiers chercheront à établir non seulement l’existence d’éventuels détournements ou dissimulations fiscales, mais aussi à suivre la piste des flux financiers internationaux.
Juridiquement, l’instruction doit suivre son cours : auditions, confrontations et, si nécessaire, mises en examen. Jusqu’à présent, les éléments rendus publics (courriels et révélations médiatiques) alimentent l’enquête, mais ils ne remplacent pas le travail d’identification des flux et de preuve formelle exigé par la procédure pénale.
Sur le plan médiatique, la diffusion des « Epstein Files » et des courriels a déclenché une série de publications et de réactions. Elles ont provoqué l’ouverture de l’enquête et les perquisitions, qui doivent désormais permettre de confirmer ou d’infirmer les soupçons portés contre les personnes visées.
Les faits exposés restent l’objet d’une instruction en cours. Toute conclusion définitive dépendra des éléments que rassembleront et analyseront les magistrats du Parquet national financier.




