Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a annoncé, mardi 10 février 2026 dans la soirée, avoir saisi la justice française pour « signaler les faits présumés » mettant en cause un diplomate français, Fabrice Aidan, cité dans des correspondances rendues publiques dans l’affaire Jeffrey Epstein. Sur le réseau X, M. Barrot a indiqué qu’il « diligente par ailleurs une enquête administrative pour contribuer au travail de la justice et lance une procédure disciplinaire ».
Saisine judiciaire et procédure interne
Interrogé sur RTL mercredi matin, Jean-Noël Barrot s’est dit « effaré » et « indigné ». « Les faits allégués sont d’une très grande gravité. Quand j’ai pris connaissance de ces informations, hier, j’ai été effaré et j’ai fait ce que chacun aurait fait à ma place. J’ai saisi la justice et lancé une procédure disciplinaire, qui décidera de son avenir », a-t-il déclaré.
Le ministre a donc engagé deux volets parallèles : la transmission d’éléments aux autorités judiciaires et l’ouverture d’une procédure administrative et disciplinaire. Ces démarches visent, selon sa communication officielle, à permettre à la justice d’enquêter et à l’administration d’évaluer d’éventuelles mesures de sanction.
Identité et situation professionnelle de Fabrice Aidan
Les médias précisent que Fabrice Aidan est secrétaire des affaires étrangères principal, en disponibilité pour convenances personnelles, et qu’il exerçait également des fonctions au sein du groupe Engie. L’Agence France‑Presse, citant une source connaissant le dossier, rapporte que le nom d’Aidan a été cité par Mediapart.
Contacté par l’AFP, le groupe Engie a déclaré avoir suspendu les fonctions de M. Aidan « en raison des éléments portés à notre connaissance et relayés dans certains médias, qui concerneraient une période antérieure à son entrée dans le groupe ». La société a ainsi indiqué vouloir laisser la justice et les procédures administratives suivre leur cours.
Correspondances avec Jeffrey Epstein selon Mediapart et Radio France
Selon les enquêtes publiées par Mediapart et Radio France, des échanges entre Fabrice Aidan et Jeffrey Epstein sont recensés entre 2010 et 2017. Radio France rapporte que, pendant cette période, le diplomate aurait échangé « des dizaines de mails directs et parfois familiers » avec Epstein et participé à de nombreuses listes de diffusion incluant l’homme d’affaires et des membres de son entourage.
Les premiers échanges répertoriés remontent à 2010. À cette date, le Français était détaché par la France auprès des Nations unies et servait comme conseiller auprès du diplomate norvégien Terje Rod‑Larsen, précise la presse. Les correspondances publiées à ce stade ne relient pas formellement M. Aidan aux crimes sexuels dont Jeffrey Epstein a été reconnu coupable par la justice américaine.
Toujours d’après ces médias, Fabrice Aidan aurait transmis à Epstein des documents et rapports obtenus via son adresse e‑mail des Nations unies. Mediapart évoque également des demandes plus prosaïques adressées par Epstein au Français, comme la recherche de la pointure de Terje Rod‑Larsen pour lui offrir une paire de chaussures.
Alertes, enquêtes parallèles et répercussions
Plusieurs éléments extérieurs sont évoqués dans le dossier public. Mediapart affirme que l’ONU avait été alertée en 2013 par le FBI de l’existence d’une enquête susceptible de mettre en cause Fabrice Aidan à New York. Selon les médias qui ont révélé ces échanges, M. Aidan n’aurait pas répondu aux sollicitations des journalistes.
Par ailleurs, la police norvégienne a annoncé, lundi 9 février 2026, l’ouverture d’une enquête visant Terje Rod‑Larsen et son épouse, Mona Juul, pour « complicité de corruption aggravée » et « corruption aggravée », en lien avec leurs relations avec Jeffrey Epstein. Ce couple de diplomates est connu pour son rôle historique dans les négociations israélo‑palestiniennes des années 1990.
Les révélations résultent de la publication de nombreux documents par la justice américaine. De nombreuses personnalités apparaissent dans ces fichiers ; la mention d’un nom dans ces correspondances ne présume en rien d’un comportement répréhensible. En France, ces révélations ont déjà entraîné des conséquences publiques : l’ancien ministre de la Culture Jack Lang a démissionné de la présidence de l’Institut du Monde Arabe après l’apparition de son nom dans les documents.
Les procédures judiciaires et administratives ouvertes à la suite de ces révélations détermineront désormais si des faits répréhensibles peuvent être établis et s’il convient d’imposer des sanctions ou des poursuites. Les autorités françaises ont indiqué vouloir laisser le temps à l’enquête judiciaire de faire la lumière sur ces éléments.





