Une expertise médicale lue mardi 17 mars 2026 par le président de la cour conclut que Claude Guéant, 81 ans, « n’est pas en capacité de comparaître ni actuellement, ni dans les mois qui viennent » au procès en appel relatif au financement libyen de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007. Le procès s’est ouvert la veille, lundi 16 mars 2026, devant la première chambre de la cour d’appel de Paris.
Décision médicale et situation personnelle de Claude Guéant
Ancien secrétaire général de l’Élysée, Claude Guéant avait été condamné en première instance à six ans de prison, une peine relativement lourde par rapport aux autres condamnations rendues dans ce dossier. En première instance, le tribunal correctionnel de Paris l’avait reconnu coupable d’une série de faits — dont corruption, trafic d’influence passive, faux et usage de faux, et association de malfaiteurs — mais n’avait pas assorti sa condamnation d’un mandat de dépôt en raison de ses problèmes de santé.
Le rapport médical communiqué au tribunal est formel sur son incapacité à comparaître « ni actuellement, ni dans les mois qui viennent », formule que la cour a lue publiquement le 17 mars 2026. Ce constat pose une question pratique immédiate : comment articuler la poursuite des débats et l’audition des pièces et témoins si l’un des prévenus centraux ne peut être entendu.
Conséquences pour le calendrier du procès
Le calendrier du procès d’appel, initialement prévu jusqu’au 3 juin, pourrait être substantiellement modifié. Claude Guéant figurait dans la plupart des volets du dossier et devait être entendu à plusieurs reprises, notamment sur une rencontre qualifiée d’occultes le 30 septembre 2005 avec Abdallah Senoussi, un proche de Mouammar Kadhafi.
Les juges doivent désormais déterminer si des mesures alternatives permettent de poursuivre une partie des débats — par exemple par l’étude de pièces et d’enregistrements, ou l’audition de témoins — ou si l’impossibilité temporaire de comparaître justifie un ajournement ou une adaptation du calendrier. La lecture publique de l’expertise médicale laisse au moins pour les prochaines audiences une incertitude sur la présence effective de M. Guéant.
Les enjeux judiciaires et le rôle des autres prévenus
Dix personnes seront rejugées par la première chambre de la cour d’appel de Paris. Parmi elles figurent Brice Hortefeux et l’ex-ministre Eric Woerth, dont la relaxe prononcée en première instance a été contestée par le parquet national financier (PNF), qui a formé appel. Officiellement, onze prévenus sont visés par la procédure en appel, mais la situation d’un des défenseurs est particulière : l’avocat malaisien Sivajothi Rajendram est présumé mort, sans notification officielle de ce décès par les autorités concernées à la justice française.
En première instance, les magistrats avaient mis en lumière des démarchages auprès du pouvoir libyen pour obtenir un financement de la campagne de 2007, en pointant notamment des rendez‑vous tenus en Libye à la fin de 2005. Les juges avaient considéré que l’ex‑président Nicolas Sarkozy avait laissé son « plus proche collaborateur et son ami », Claude Guéant, et Brice Hortefeux, mener ce type de démarches, notamment lors d’entretiens avec M. Senoussi.
La question de la contribution effective de chacun des prévenus et la chronologie précise des démarches restent au cœur de l’instruction et des débats d’appel. L’absence physique prolongée d’un prévenu central, s’il est confirmée, ajoute une contrainte procédurale mais n’efface pas l’ensemble des éléments matériels et témoignages déjà versés au dossier.
Perspectives procédurales
La cour d’appel devra trancher plusieurs questions pratiques : maintien des audiences, adaptation du calendrier, possibilité d’audition par visioconférence si la santé de M. Guéant le permet à l’avenir, ou renvoi partiel des débats. Ces décisions dépendront à la fois des conclusions complémentaires des experts médicaux et des observations des parties civiles, des avocats de la défense et du ministère public.
Sur le fond, l’appel réexaminera les éléments déjà valutés en première instance, notamment la réalité des démarches visant à obtenir un financement libyen et la qualification des infractions retenues. Le déroulé du procès d’appel, sa durée effective et l’éventuel impact de l’état de santé de Claude Guéant restent, à ce stade, incertains.
La lecture de l’expertise médicale le 17 mars 2026 marque un point d’étape important : elle contraint la cour à organiser la suite des débats dans un dossier déjà complexe, où se mêlent enjeux politiques, financiers et procéduraux, et où plusieurs protagonistes ont des positions juridiques et pénales distinctes.




