Mardi 27 janvier, au petit matin, l’atmosphère semblait moins tendue à l’Assemblée nationale. Philippe Brun, député PS de l’Eure et chef de file de son groupe sur les débats du projet de loi de finances (PLF) pour 2026, a troqué la casquette de négociateur pour celle de guide : il conduisait un groupe d’élèves dans l’hémicycle, démarche qui trahissait la fin d’une séquence parlementaire intense.
Deux motions de censure examinées après l’usage de l’article 49.3
Les débats de la journée suivaient de près l’utilisation, quelques jours plus tôt, de l’article 49.3 de la Constitution par le premier ministre Sébastien Lecornu. Ce recours, limité à la partie « dépenses » du budget, avait relancé la confrontation politique et conduit à la présentation de deux motions de censure opposées au gouvernement.
La première a été déposée par un bloc de gauche regroupant La France insoumise (LFI), les écologistes et les communistes. La seconde émanait du Rassemblement national (RN) et de ses alliés dits ciottistes. Les deux textes ont été examinés dans l’après‑midi, conformément à la procédure prévue après un 49.3, qui laisse aux députés la possibilité de mettre en cause la responsabilité du gouvernement.
Des chiffres qui scellent l’issue : double rejet et adoption du PLF
Sans surprise, l’Assemblée nationale n’a adopté aucune des deux motions ce mardi. La motion portée par la gauche a recueilli 267 voix, soit deux voix de moins que lors du précédent vote organisé après l’emploi du 49.3 sur la partie « recettes ». Celle déposée par le RN a obtenu 140 voix, loin des 289 voix requises pour renverser le gouvernement.
Avec ce double échec, la représentation nationale a officiellement adopté en nouvelle lecture le projet de loi de finances pour 2026. Ce vote clôt une étape qui s’étend sur plus de trois mois de travaux parlementaires autour du projet présenté par le gouvernement de Sébastien Lecornu.
Le PLF 2026 met ainsi un point final, pour l’heure, à une séquence budgétaire ouverte dès la mi‑juillet, lors de la présentation du budget par l’ancien premier ministre François Bayrou, selon le calendrier évoqué par les services de l’Assemblée.
Un climat politique détendu en apparence
L’image de Philippe Brun en guide scolaire, décalée par rapport à son rôle habituel de chef de file lors de négociations budgétaires, illustre la décrue des tensions immédiates. Pendant des mois, les discussions sur le budget ont mobilisé députés et ministres ; le rejet des motions manifeste cependant la persistance d’un rapport de forces qui ne donne pas de majorité suffisante aux oppositions pour faire tomber le gouvernement.
Les résultats des votes sont, en eux‑mêmes, parlants : 267 voix pour la motion de la gauche, 140 pour celle du RN, et 289 nécessaires pour renverser l’exécutif. Ces chiffres traduisent une fragmentation de l’opposition et la capacité du gouvernement à rassembler une majorité relative au moment décisif.
Quelle suite pour le PLF et pour la majorité ?
L’adoption en nouvelle lecture du PLF 2026 ouvre maintenant la phase suivante de mise en œuvre législative et d’exécution budgétaire. Le texte voté devra être décliné par l’ensemble des administrations concernées, selon les dispositions et les crédits adoptés par les députés.
Sur le plan politique, l’échec des motions de censure ne supprime pas les désaccords exprimés durant les débats. Il montre en revanche que, malgré l’utilisation du 49.3 et les critiques qu’elle a suscitées, les oppositions n’ont pas réussi à converger en nombre suffisant pour contraindre le gouvernement à quitter ses fonctions.
En filigrane, la séquence budgétaire 2025–2026 aura été marquée par des négociations prolongées, des recours constitutionnels et des votes serrés. Le retour à un rythme parlementaire moins agité, symbolisé par la visite d’élèves guidée par un député en plein cœur de la semaine législative, ne signifie pas la fin des tensions politiques : elles peuvent réapparaître à l’occasion de nouveaux projets ou d’amendements à venir.
La promulgation et l’application du PLF 2026 constitueront désormais le terrain sur lequel s’évalueront, au quotidien, les choix adoptés par l’Assemblée et le Gouvernement.





