Quand Sébastien Lecornu a tourné la tête vers son rétroviseur droit, le Premier ministre n’a pas anticipé que la menace d’une motion de censure puisse prendre de l’ampleur. L’exécutif a annoncé, lundi 19 janvier, l’adoption du budget 2026 par l’usage de l’article 49.3 de la Constitution, une procédure qui a immédiatement ravivé les tensions politiques.
Les Républicains temporisent puis tranchent
Au sein du groupe Les Républicains (LR), la position n’était pas figée immédiatement après l’annonce. Laurent Wauquiez a d’abord indiqué lundi : « On va regarder ce budget dans le détail parce qu’il y a plein de zones qui ne sont pas encore clarifiées ». Cette formule laissait entendre une volonté de consulter les députés avant de prendre une décision définitive.
Dans la soirée, une visioconférence a permis aux élus LR d’échanger et de préciser leur orientation. Un participant a résumé la discussion par une phrase nette : « La censure ne viendra pas de chez nous. » Le chef de file du groupe avait, de longue date, donné le ton sur ce point en rappelant que la droite n’avait pas vocation à renverser des gouvernements.
Arguments et réserves exprimés
Plusieurs députés ont expliqué les raisons de ce refus de s’associer à une motion de censure, en particulier si elle était portée par La France insoumise. Nicolas Tryzna a résumé la position du groupe en ces termes : « Dans le bordel général actuel, censurer et renverser le gouvernement n’arrangerait rien du tout ». Il a par ailleurs exprimé un reproche récurrent sur la trajectoire des finances publiques : « la France continue à dépenser l’argent qu’elle n’a plus ».
Malgré ces critiques, Tryzna a plaidé pour clore la séquence budgétaire et éviter une crise institutionnelle qui, selon lui, ne résoudrait pas les problèmes économiques soulignés par l’opposition.
Du côté d’autres élus, le souhait affiché était similaire. La députée de Haute-Savoie, Virginie Duby-Muller, invitée à un déplacement régional aux côtés de Laurent Wauquiez et du président de LR, Bruno Retailleau, a rappelé que « tout le monde a envie de passer à autre chose et de donner de la visibilité au pays ». Cette remarque traduit une préoccupation commune : réduire l’incertitude politique pour permettre, selon eux, une meilleure lisibilité des décisions publiques.
Une décision stratégique plus que technique
Le refus de couvrir une motion de censure déposée par La France insoumise tient autant à des considérations politiques qu’à une logique stratégique. Refuser d’appuyer une initiative portée par la gauche radicale évite à LR d’être associé à un renversement du gouvernement, scénario que ses dirigeants estiment potentiellement déstabilisant pour le pays et peu conforme à leur image politique.
Sur le fond, les critiques adressées au budget 2026 persistent au sein du groupe. Les Républicains annoncent vouloir « regarder ce budget dans le détail », expression qui renvoie à des points d’opposition sur la méthode et sur des incertitudes de chiffrage. Mais ces réserves ne se sont pas traduites, lors de la visioconférence, par la volonté de déposer ou de soutenir une motion de censure pour faire tomber l’exécutif.
La décision révèle aussi un équilibre délicat : exprimer des désaccords et des doutes sur la politique budgétaire tout en maintenant une posture de stabilité institutionnelle. Ce choix stratégique vise à préserver une marge de manœuvre politique sans provoquer une crise gouvernementale qui, selon les responsables LR, ne réglerait pas les problèmes de fond.
Au final, après la réunion en visioconférence, le groupe LR a laissé peu d’ambiguïté sur sa ligne : il s’oppose au recours à la motion de censure comme instrument de renversement lié à l’adoption du budget 2026 par le 49.3. Les débats internes restent cependant orientés vers une analyse détaillée du texte budgétaire et vers la recherche de clarifications sur plusieurs points jugés essentiels par les députés du parti.





