« Le budget est à portée de main », a assuré Roland Lescure aux députés, mardi 13 janvier, lors de la deuxième lecture du projet de loi de finances pour 2026. Cette nouvelle séquence parlementaire fait suite à l’échec de la commission mixte paritaire en décembre, où députés et sénateurs n’ont pu s’accorder sur un texte commun.
Un discours bref et des enjeux immédiats
Le ministre de l’Économie et des Finances a livré un propos d’à peine plus de cinq minutes, insistant sur la nécessité d’un dernier effort pour trouver un compromis. « L’urgence est de s’accorder sur le fond, un dernier effort est nécessaire : une grande partie d’entre vous souhaitent y arriver. Mettons‑nous d’accord, réduisons les dégâts, et permettons à la France d’avancer », a‑t‑il déclaré depuis la tribune.
Dans l’hémicycle, peu d’élus misent cependant sur une adoption sans recours aux procédés constitutionnels contestés : l’article 49.3 — qui permet d’imposer l’adoption d’un texte sans vote — reste une option envisagée par le gouvernement, de même que la possibilité d’un passage par ordonnances.
Les risques d’une « loi spéciale » prolongée
Roland Lescure a mis en garde contre la prolongation indéfinie de l’actuelle « loi spéciale », régime transitoire qui reconduit temporairement les dépenses et les recettes de l’année précédente. Selon lui, ce mécanisme « pénalise l’économie, et n’est pas à la mesure des bouleversements mondiaux qui se sont accélérés au cours des derniers jours ».
Il a estimé que l’absence d’un budget adopté aggravait l’incertitude et pesait sur les finances publiques : le texte tel qu’il a été voté au Sénat en décembre prévoirait un déficit approchant « près de 5,4 % du PIB, ce qui est parfaitement inacceptable ». Le ministre a ajouté que la France devra lever « 310 milliards d’euros sur les marchés cette année », un rappel clair des contraintes de financement du pays.
Sur le plan des priorités, M. Lescure a souligné qu’une loi de finances manquante empêcherait la mise en place d’une hausse annoncée des dépenses de défense de 6,7 milliards d’euros pour l’année en cours. Il a également fait valoir que « l’absence de budget prive nos entreprises d’un cap », mettant en avant l’incidence économique et stratégique d’un retard prolongé.
Des discussions jugées utiles mais difficiles
Malgré les tensions, le ministre a salué les discussions menées entre partis ces derniers mois et même « des dernières heures », les qualifiant « d’extrêmement utiles ». Il a estimé que l’écoute réciproque avait permis de clarifier des positions et que l’heure était désormais « aux solutions ».
M. Lescure s’est dit convaincu qu’après l’adoption de justesse du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) en décembre, un compromis sur le budget restait atteignable : « nous sommes de nouveau capables d’arriver à un compromis sur ce budget », a‑t‑il affirmé, espérant un texte « acceptable pour une majorité d’entre vous, même si, évidemment, personne n’en sera totalement satisfait ».
Il a rappelé la contrainte qui pèse sur l’exécutif : le texte final devrait limiter le déficit public à 5 % du PIB au maximum et « partager l’effort entre les acteurs économiques » — formule mettant l’accent sur une répartition des mesures d’ajustement.
Un calendrier serré et des choix politiques
La reprise des débats à l’Assemblée constitue une étape décisive dans la procédure budgétaire. Le rappel des chiffres — déficit proche de 5,4 % selon le vote sénatorial, besoin de levées de 310 milliards d’euros, hausse prévue des crédits de défense de 6,7 milliards — illustre la tension entre contraintes macroéconomiques et arbitrages politiques.
Les prochains jours détermineront si les groupes parlementaires parviendront à forger une majorité autour d’un texte amendé ou si le gouvernement choisira de s’en remettre aux dispositifs constitutionnels pour faire adopter le budget. Quoi qu’il en soit, le ministre a posé comme limite la nécessité d’un accord qui réduise l’incertitude et préserve la confiance des marchés.





