C’était en juillet 2025. François Bayrou, alors premier ministre, présentait les premières orientations budgétaires pour 2026 avant même le retour aux affaires des parlementaires. Le plan annoncé comportait des mesures fortes et symboliques : 40 milliards d’euros d’économies, une « année blanche » pour certaines prestations sociales et la suppression de deux jours fériés, parmi d’autres pistes destinées à résorber le déficit public dans un contexte de tensions budgétaires.
Sept mois plus tard, le budget adopté le 2 février 2026 apparaît très éloigné de l’esquisse de l’été. L’élaboration de la loi de finances a été longue et parfois confuse, marquée par des débats intenses à l’Assemblée et au Sénat, et par d’âpres négociations en coulisses.
La navette parlementaire a été bousculée par le recours au 49.3, décision qui a précipité certaines étapes du processus législatif. Mais au-delà de la procédure, les échanges ont traduit un débat de fond sur les missions et les priorités de l’État. Sur le fond, des propositions qualifiées de novatrices ont été portées par des députés et des sénateurs ; elles se sont souvent heurtées à l’opinion publique et à la faisabilité financière.
Le chiffrage de nombreuses initiatives laissait pour partie présager des économies substantielles, selon leurs auteurs, mais ces estimations n’ont pas suffi à garantir leur inscription dans le texte final. Au fil des discussions, une majorité de ces idées a été abandonnée : certaines jugées trop coûteuses, d’autres pas assez populaires ou trop clivantes pour rassembler une majorité durable.
Au terme du parcours parlementaire, le projet de loi de finances adopté le 2 février 2026 ne reprend qu’une part infime des mesures évoquées dans l’Hémicycle. Plusieurs dispositions restent soumises à la validation du Conseil constitutionnel, ce qui pourra encore modifier le périmètre définitif.
Les Décodeurs ont retracé l’itinéraire de ces propositions, en mettant en lumière les alliances et désaccords qui se sont noués au cours des débats, ainsi que l’impact budgétaire attendu des différentes options. Leur travail synthétique a permis de mieux comprendre pourquoi certaines mesures ont reculé et d’où provenaient les principales oppositions.
Imposition des plus riches et fiscalité des entreprises
Le volet fiscal a été l’un des terrains de bataille majeurs. Des amendements sur l’imposition des plus hauts revenus et sur la fiscalité des entreprises ont été déposés et discutés à plusieurs reprises. Ces propositions visaient à renforcer les recettes ou à redéfinir des niches fiscales, mais leur traduction en économies nettes s’est heurtée à des évaluations parfois divergentes.
Dans l’ensemble, peu des mesures les plus ambitieuses en matière de taxation des très hauts revenus ont été retenues dans la version finale du budget. De même, les réformes proposées pour modifier la fiscalité des entreprises ont donné lieu à des compromis : certains allègements ont été maintenus, d’autres ajustés, sans pour autant aboutir à un changement structurel massif inscrit dans la loi au 2 février 2026.
Plusieurs propositions fiscales restent soumises à vérification technique et à l’examen du Conseil constitutionnel, une étape qui pourrait conduire à de nouveaux ajustements si des dispositions sont jugées contraires à la Constitution.
Travail, retraite et santé
Les questions sociales — travail, retraite, santé — ont également occupé une place centrale durant les débats. Des idées destinées à réduire les dépenses de prestations, ou à réformer certaines modalités de prise en charge, ont été avancées. Parmi elles figurait l’idée d’une « année blanche » pour des prestations sociales, annoncée en juillet 2025, qui n’est finalement pas entrée dans sa forme initiale dans le texte adopté.
Sur les retraites et le marché du travail, des amendements visant à modifier l’organisation ou le financement de dispositifs ont été soumis, mais la plupart n’ont pas franchi la phase décisive au regard du calendrier parlementaire et des équilibres politiques. En matière de santé, des arbitrages ont été rendus pour préserver certains financements prioritaires, tandis que d’autres coupes envisagées ont été repoussées ou redéfinies.
Les différentes catégories de mesures ont donc été retravaillées successivement, souvent réduites à des compromis. Le résultat est un budget adopté le 2 février 2026 qui reflète plus l’équilibre fragile des forces parlementaires que le plan-schéma initial proposé l’été précédent.
En somme, le texte final illustre la difficulté à concilier ambitions de réduction des dépenses et contraintes politiques et constitutionnelles. Beaucoup des propositions qui ont animé les débats restent, pour l’heure, des marqueurs politiques plus que des mesures effectives inscrites durablement dans la loi.





