Carole Bachelot, professeure de sciences politiques à l’université Paris-Panthéon-Assas, publie avec Alexandre Dézé et Florence Haegel une Introduction à la sociologie des partis politiques (De Boeck Supérieur, 2025). Elle revient sur une année politique marquée par des tensions institutionnelles et partisanes, alors que l’absence d’une majorité absolue à l’Assemblée nationale a complexifié l’exercice du pouvoir.
Instabilité gouvernementale et contraintes parlementaires
Selon la politiste, la fragilité de la majorité rend plus difficiles les arbitrages essentiels. Sans majorité absolue, le gouvernement doit négocier au cas par cas pour faire adopter ses textes. Ce mode de gouvernance augmente la volatilité des majorités et expose les institutions à des risques de blocage.
Les tensions sont apparues de manière visible lors des débats sur les textes budgétaires. La nécessité de trouver des soutiens extérieurs à la majorité parlementaire a allongé les négociations et resserré les marges de manœuvre du pouvoir exécutif.
Le budget 2026 : un texte à forte portée symbolique
L’adoption du projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) a montré que des compromis restent possibles avec une partie du bloc de gauche. Cette ouverture a toutefois déclenché une réaction de la droite et du « bloc central », qui se sont montrés peu disposés à accepter des concessions sur le budget 2026, perçu comme un enjeu majeur.
La politiste souligne que le budget conserve une valeur symbolique et politique forte. Pour plusieurs formations, céder sur ce type de texte revient à renoncer à des positions de principe. C’est ce raisonnement qui a accentué la crispation au sein de l’hémicycle.
Par ailleurs, Carole Bachelot pointe des éléments structurels qui ont compliqué la discussion législative : des tensions entre le gouvernement et la droite sénatoriale, des contraintes calendaires qui ont empêché l’Assemblée d’examiner l’ensemble du budget, et un calendrier électoral qui polarise les acteurs.
Polarisation accrue par le calendrier électoral
Le rapprochement des échéances municipales et présidentielle contribue, selon elle, à durcir les positions. Les partis tendent à se recentrer sur des postures de compétition nationale, ce qui réduit les marges pour les compromis locaux ou techniques. Cette dynamique a nourri le blocage évoqué par la politiste.
Dans ce contexte, les acteurs politiques privilégient souvent la stratégie électorale à court terme plutôt que la recherche d’accords parlementaires stables. Les calculs politiques accroissent ainsi la complexité des majorités temporaires nécessaires pour faire voter des textes sensibles.
État des forces : la Macronie, la droite et la gauche
Carole Bachelot évalue la situation des principales familles politiques sans établir de jugement définitif. Elle note que la Macronie, privée d’une assise parlementaire solide, doit composer et négocier plus fréquemment. Cette nécessité de conciliation peut affaiblir sa capacité à imposer une feuille de route cohérente.
La droite, pour sa part, a adopté une posture de fermeté sur des sujets symboliques comme le budget. Cette attitude reflète un calcul politique : ne pas apparaître comme la force qui facilite l’action gouvernementale sur des mesures contestées.
La gauche, ou du moins une partie de celle-ci, a démontré qu’elle pouvait peser sur l’agenda législatif en acceptant des compromis ciblés. Ces accords ponctuels ont permis l’adoption de certains textes, mais n’ont pas suffi à stabiliser durablement l’ensemble du processus budgétaire.
La politiste insiste sur le caractère transitoire de ces équilibres : les compromis réussis sur un texte ne garantissent pas une coopération durable, surtout lorsque les enjeux électoraux s’intensifient.
Enfin, Carole Bachelot replace ces constats dans le cadre de son ouvrage collectif, qui propose des outils pour analyser la dynamique des partis et leurs interactions. Son analyse privilégie une lecture institutionnelle et stratégique des conflits observés, sans préjuger des évolutions à venir.
En somme, l’année politique analysée par la professeure met en lumière les limites de l’action gouvernementale en l’absence d’une majorité stable, la valeur symbolique des textes budgétaires et l’impact du calendrier électoral sur la capacité des partis à négocier.





