Pour la première fois depuis deux mois, mercredi 4 et jeudi 5 février, une éclaircie s’est dessinée au‑dessus de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public. Après de longues semaines d’auditions parfois tendues, quatre sessions successives ont mis en présence des personnalités reconnues et des acteurs directement concernés par les questions posées à France Télévisions et à l’ensemble de l’audiovisuel public.
Des auditions concentrées et des intervenants expérimentés
Quatre anciens ministres de la Culture (Aurélie Filippetti, Franck Riester, Roselyne Bachelot, Rima Abdul Malak) et l’actuelle titulaire du portefeuille, Rachida Dati, ont été entendus au cours de ces deux journées. À ces auditions se sont ajoutés d’anciens parlementaires ayant porté des textes liés au secteur — notamment Jean‑Jacques Gaultier, Quentin Bataillon et Patrick Bloche — ainsi que Laurence Bloch, qui a dirigé France Inter de 2014 à 2022.
Aucun lien d’intérêt transparent ne reliait ces personnes entre elles, et leurs positions sur plusieurs sujets diffèrent. Pourtant, de manière notable, elles se sont montrées unanimement en défense de l’audiovisuel public. Cette convergence ponctuelle a été l’un des traits marquants des auditions de mercredi et jeudi.
Des réponses factuelles face au rapporteur
Les interventions se sont distinguées par un ton factuel et argumenté. Les personnes auditionnées ont systématiquement recentré les discussions quand celles‑ci semblaient glisser vers des assertions générales ou idéologiquement marquées. Le rapporteur Charles Alloncle (député de l’Hérault, rattaché à l’Union des droites pour la République, UDR) avait posé, selon le compte rendu des débats, des questions qualifiées par ses interlocuteurs de pontifiantes ; ces dernières ont régulièrement été remises à leur véritable dimension par des réponses précises.
Plusieurs thèmes récurrents ont été abordés au fil des auditions. Les échanges ont notamment porté sur la prime de performance attribuée à Delphine Ernotte, sur la comparaison entre coût et audience opposant audiovisuel public et privé, et sur ce que certains qualifient d’« hyperconcentration » des sociétés de production sollicitées par France Télévisions. Sur chacun de ces points, les réponses des ministres et des responsables auditionnés ont fait apparaître une connaissance approfondie des dossiers.
Les interventions ont ainsi mis en lumière la complexité des sujets, loin des raccourcis parfois proposés par le débat public. Les témoins ont insisté sur la nécessité d’examiner chaque question dans son contexte institutionnel et financier, sans réduire l’analyse à des oppositions simplistes entre public et privé.
Un souffle de clarté au sein de la commission
Cette séquence d’auditions a été perçue comme une « éclaircie » parce qu’elle a permis d’apporter des éléments concrets et des perspectives variées sur des problématiques qui, jusqu’alors, avaient été largement traitées de façon abstraite dans les débats. La juxtaposition d’anciens ministres, d’élus et d’un dirigeant de station publique a offert un panorama large des enjeux, à la fois politiques, juridiques et opérationnels.
Si les opinions ont pu diverger sur certains choix politiques ou sur l’évaluation des dispositifs en place, la tonalité générale des interventions a été celle d’une volonté de défendre le service public audiovisuel et d’en souligner l’utilité. Ce consensus ponctuel a contribué à recentrer la discussion sur les missions et les contraintes du secteur.
Perspectives et limites
Il reste que ces deux journées ne clôturent pas la commission d’enquête. Les auditions ont fourni des éléments utiles pour la suite des travaux, mais elles soulignent aussi les limites d’un échange uniquement fondé sur des confrontations orales : l’examen approfondi de documents, de rapports financiers et d’études comparatives demeurera nécessaire pour tirer des conclusions robustes.
Les auditions des 4 et 5 février ont toutefois permis de redonner du liant au travail de la commission. Elles ont montré que, face à des questions souvent idéologiquement marquées, des acteurs expérimentés peuvent produire des réponses circonstanciées et ramener le débat à des considérations opérationnelles et réglementaires.
Reste désormais à voir comment ces éléments seront intégrés dans le rapport final de la commission et quelles suites législatives ou réglementaires pourraient en découler. Les prochaines étapes dépendront de l’analyse documentée des dossiers complétant ces auditions et de la synthèse que dressera la commission d’enquête.




