Le président de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public, Jérémie Patrier‑Leitus (Horizons), a annoncé sur Franceinfo, mercredi 4 février, qu’il entend convoquer Vincent Bolloré. L’audition visera le rôle de Bolloré comme « un des actionnaires majoritaires de Banijay », la société de production liée à l’animateur et producteur Nagui, et est prévue « au cours des deux dernières semaines de février », selon le député.
Objet de l’audition et calendrier
Selon la déclaration de M. Patrier‑Leitus, l’audition doit permettre d’interroger Vincent Bolloré sur des questions touchant tant à l’audiovisuel public qu’au secteur privé. Le président de la commission a précisé la période envisagée pour cette convocation sans fixer de date précise, évoquant les « deux dernières semaines de février ».
La convocation vise à obtenir des explications sur des choix éditoriaux et des pratiques au sein d’acteurs audiovisuels où Bolloré détient des participations. Le député a ainsi lié l’audition à des enjeux de responsabilité des actionnaires majoritaires vis‑à‑vis du maintien à l’antenne de personnalités condamnées.
La question Jean‑Marc Morandini
Interrogé sur la possibilité d’interroger le groupe Bolloré au sujet du maintien à l’antenne de Jean‑Marc Morandini malgré sa condamnation définitive pour corruption de mineurs en janvier, M. Patrier‑Leitus a répondu : « ça sera l’occasion pour Vincent Bolloré de s’en expliquer, je l’interrogerai là‑dessus (…) . S’il y a des manquements, des dysfonctionnements sur l’audiovisuel public ; je le dis, mais je le dis aussi sur l’audiovisuel privé. Ce n’est pas normal qu’une personne, journaliste ou présentateur, [condamnée] définitivement pour corruption de mineurs [et] inscrit sur la liste des auteurs d’infractions sexuelles soit maintenue à l’antenne ».
La mention du maintien de M. Morandini à l’antenne soulève, dans le discours du président de la commission, une interrogation sur la responsabilité des propriétaires et des directions de chaînes concernant la présence à l’antenne de journalistes ou présentateurs condamnés pour des faits graves.
Réactions au sein des médias
La question du maintien de Jean‑Marc Morandini a provoqué des débats au sein de CNews, chaîne appartenant au groupe Canal+ dont Vincent Bolloré est présenté comme l’actionnaire de référence. Trois personnalités de la chaîne — Sonia Mabrouk, Pascal Praud et Laurence Ferrari — se sont publiquement distanciées de ce maintien.
Dimanche, Philippe de Villiers, animateur sur CNews, et le Journal du Dimanche (Le JDD) ont également exprimé leur désapprobation concernant la présence continue de l’animateur à l’antenne. Ces prises de position traduisent une tension interne autour des choix éditoriaux et des conséquences des décisions judiciaires sur la carrière médiatique.
Cadre de l’enquête parlementaire
Face aux critiques possibles quant à l’étendue du mandat de la commission d’enquête, Jérémie Patrier‑Leitus a tenu à préciser ses limites : « Je ne convoque pas Vincent Bolloré parce qu’il est propriétaire de chaînes d’audiovisuel privé, je respecte le cadre » de la commission. Par cette déclaration, le président affirme vouloir maintenir l’audition dans le périmètre des compétences parlementaires attribuées à la commission sur l’audiovisuel public.
L’annonce d’une convocation de Vincent Bolloré illustre la volonté des parlementaires d’obtenir des éclaircissements sur les interactions entre actionnariat, lignes éditoriales et règles déontologiques, sans pour autant franchir officiellement le cadre légal de l’enquête dédiée au service public audiovisuel.
La tenue effective de cette audition, son contenu et les suites éventuelles dépendront désormais du calendrier interne de la commission et des réponses qui seront apportées par les personnes convoquées au cours des deux dernières semaines de février.





