Commission des lois adopte une version amendée de la loi Yadan redéfinissant l’antisémitisme : antisionisme, liberté d’expression et enjeux à l’Assemblée

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La proposition de loi « Yadan », portée par Caroline Yadan et signée par 120 députés, sera débattue en séance plénière le 26 janvier : ce texte court (4 articles) veut renforcer la lutte contre les « formes renouvelées de l’antisémitisme ». Le débat central oppose la qualification de l’antisionisme comme antisémitisme à la préservation de la liberté d’expression, illustrant des enjeux juridiques et politiques majeurs à l’Assemblée nationale.

Un texte court, un débat long

L’examen en séance plénière, prévu lundi 26 janvier, doit décider si la proposition de loi visant à combattre les « formes renouvelées de l’antisémitisme » franchira une étape décisive. Présenté comme un texte resserré — quatre articles seulement — il suscite pourtant une controverse profonde sur le sens et les limites de la lutte contre les discriminations et les discours de haine.

La commission des lois de l’Assemblée nationale a déjà consacré trois heures, mardi 20 janvier, à la discussion du projet. Trois heures pour débattre de l’équilibre entre protection des victimes et préservation des libertés d’expression : le temps peut paraître long pour un texte bref. Pour beaucoup d’intervenants, en revanche, ces trois heures restent insuffisantes face à la question centrale qui divise l’hémicycle : faut‑il considérer l’antisionisme radical comme une nouvelle forme d’antisémitisme ?

Origine et signature de la proposition « Yadan »

La proposition dite « Yadan » porte le nom de sa promotrice, Caroline Yadan, députée de la 8e circonscription des Français de l’étranger — qui regroupe l’Italie, la Grèce, la Turquie, Israël, Chypre, Malte et la Palestine. Le texte est daté du 19 novembre 2024 et a recueilli la signature de 120 députés.

Parmi les signataires figurent des personnalités issues de la majorité et de l’opposition. L’actuelle ministre déléguée chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations, Aurore Bergé, en fait partie. Sont également cités plusieurs élus socialistes, dont François Hollande et Jérôme Guedj.

La députée Caroline Yadan a quitté le groupe parlementaire Renaissance pour marquer son désaccord avec la reconnaissance par Emmanuel Macron de l’État de Palestine, détail qui explique en partie le nom et la portée politique de la proposition.

Ce que contient le texte et ce qui fait débat

Le texte, composé de quatre articles, vise à actualiser les outils juridiques contre les discours et actes antisémites. Les débats se concentrent moins sur la forme que sur la qualification de certaines opinions et actions : quand une critique ou une opposition au sionisme bascule‑t‑elle dans l’antisémitisme ?

Plusieurs parlementaires et observateurs estiment que l’incrimination trop large de positions antisionistes risque d’effriter la liberté d’expression, notamment dans les débats sur la politique au Proche‑Orient. D’autres estiment au contraire que les nouvelles expressions de haine, parfois plus diffusées et polymorphes, nécessitent des réponses juridiques adaptées et fermes.

Les discussions en commission ont porté sur la rédaction des articles, les définitions employées et les sanctions envisagées. Les oppositions ont souligné le périmètre flou de certaines formulations, tandis que les soutiens ont insisté sur la nécessité d’outils réactifs face à des formes renouvelées d’agressions ciblées.

Enjeux politiques et symboliques

Au‑delà du débat juridique, le texte est lourd de significations politiques. La participation d’élus de divers bords, ainsi que la démission de groupe de sa promotrice, font de la proposition « Yadan » un marqueur des tensions internes à l’Assemblée sur les questions internationales et mémorielles.

Le cas décrit illustre aussi la difficulté pour les institutions démocratiques d’inventer une réponse commune à des phénomènes nouveaux : il faut à la fois protéger des communautés ciblées et éviter d’étouffer des débats politiques légitimes. Ce dilemme explique en grande partie la virulence des échanges observés lors de l’examen.

Une étape à suivre

La séance plénière de lundi 26 janvier sera un moment clé pour mesurer l’équilibre politique autour du texte. Si l’Assemblée adopte la proposition, elle ouvrira un nouveau chapitre législatif sur la définition et la répression des formes contemporaines de haine antisémitique. Si le texte est rejeté ou amendé, cela renverra la question aux discussions ultérieures, au sein des commissions ou dans l’espace public.

Quelles que soient les décisions prises, le débat met en lumière la complexité d’une législation qui cherche à concilier protection des personnes et liberté d’expression. Les prochaines étapes parlementaires permettront de préciser si ce projet sera perçu comme un tour de chauffe législatif ou comme le début d’une inflexion durable de la politique française contre l’antisémitisme et ses formes renouvelées.

Parlons Politique

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