Devant le portail de l’Institut national supérieur du professorat et de l’éducation (Inspe) du 16e arrondissement de Paris, trois étudiants échangent leurs impressions après un concours blanc, samedi 10 janvier 2026.
Apolline Lecorbeiller, Noé Vernotté et Auriane — qui a préféré ne pas divulguer son nom de famille — sont en première année du master Métiers de l’enseignement, de l’éducation et de la formation (MEEF). Ils ont passé une épreuve destinée à les préparer au nouveau concours de recrutement des professeurs des écoles, rendu accessible dès la troisième année de licence (bac +3) par la réforme récente.
Une réforme qui avance, une échéance menacée
Depuis 2022, le calendrier de recrutement avait été aligné sur la fin du master (bac +5). La réforme ouvre désormais la possibilité de se présenter au concours dès le bac +3. En cas de réussite, les candidats suivent ensuite deux années de master professionnalisant, rémunéré, pour parfaire leur formation en situation réelle.
Mais la mise en œuvre de ce nouveau dispositif se heurte à un obstacle financier. Selon ce qu’ont appris les étudiants à la fin décembre 2025, le lancement des épreuves prévu en mars 2026 pourrait être compromis faute de budget. Cette annonce a jeté le trouble parmi les promotions concernées et alimente l’incertitude sur le calendrier de recrutement.
Réactions étudiantes et inquiétudes
Sur le trottoir de l’Inspe, l’incompréhension se mêle à la colère et à la stupeur. « Ça fait chier », résume Noé Vernotté, cité mot pour mot. Le ton reflète la frustration d’étudiants qui avaient entamé leur année en envisageant un calendrier précis pour se présenter aux épreuves.
Pour Apolline, Auriane et leurs camarades, l’enjeu est concret : se préparer à un concours qui devait se dérouler dès la troisième année de licence, organiser des stages, et planifier deux années d’alternance rémunérée après la réussite. L’idée de repousser ou d’annuler les sessions de mars 2026 bouleverse ces trajectoires étudiantes et professionnelles.
Une transition encadrée, mais temporaire
La réforme n’efface pas totalement l’ancien cadre. Pendant deux années supplémentaires, le concours au niveau bac +5 restera en vigueur et cohabitera avec la version accessible au bac +3. Cette période de transition vise à éviter une rupture brutale et à permettre aux établissements de s’ajuster progressivement aux nouvelles modalités de recrutement.
Sur le terrain, cependant, la coexistence des deux concours complique l’organisation et la communication. Les étudiants se trouvent parfois mal informés sur l’éligibilité, les calendriers et l’articulation entre licence et master. L’annonce de fin décembre 2025 est venue ajouter une couche d’incertitude administrative et budgétaire.
Conséquences possibles et points à clarifier
Si les sessions annoncées pour mars 2026 devaient être reportées ou annulées, plusieurs conséquences sont à envisager : un allongement de la période d’attente pour les candidats, un décalage des rentrées en master professionnalisant rémunéré, ainsi qu’une surcharge potentielle des promotions suivantes. Les modalités exactes d’un éventuel report — nouvelles dates, priorités d’accès, ou mécanismes compensatoires — n’ont pas été précisées dans les éléments transmis aux étudiants.
Les témoignages recueillis devant l’Inspe montrent une demande claire d’informations officielles et rapides. Les futurs candidats attendent des précisions sur les budgets alloués, la tenue effective des sessions et les éventuelles mesures d’accompagnement pour les promotions affectées.
En l’état, la situation illustre la complexité d’une réforme pédagogique et administrative lorsqu’elle se heurte à des contraintes financières. Les mesures de transition prévues offrent un cadre, mais ne suffisent pas à dissiper l’inquiétude des étudiants privés de visibilité sur leur calendrier de formation et d’entrée dans le métier.
Sur le plan pratique, les intéressés restent mobilisés pour se préparer aux épreuves et suivre les enseignements du master. Mais ils insistent sur la nécessité d’une communication claire des autorités académiques afin de savoir si les sessions de mars 2026 auront effectivement lieu, ou si un plan B sera mis en place.





