Cour des comptes : bilan nuancé de l’IA à France Travail (2017–2025) — progrès et efficience, mais lacunes en gouvernance, données et formation

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Dans un rapport publié le 7 janvier 2026, la Cour des comptes dresse un bilan nuancé de l’usage de l’intelligence artificielle par France Travail (2017–2025) : progrès techniques et gains d’efficience, mais lacunes en gouvernance, formation et qualité des données. Elle recommande de renforcer la gouvernance, les jeux de données et la montée en compétences pour garantir des usages publics sûrs et évaluables.

Un bilan nuancé de la Cour des comptes

La Cour des comptes dresse un bilan nuancé du recours à l’intelligence artificielle par France Travail dans un rapport rendu public le mercredi 7 janvier 2026. La haute juridiction a analysé près d’une décennie d’expérimentations et de déploiements, couvrant la période 2017–2025, et met en lumière des avancées techniques mais aussi des lacunes en matière de gouvernance et de qualité des données.

L’étude porte sur l’opérateur public de l’emploi qui, depuis 2015, a commencé à expérimenter des premiers outils d’IA. France Travail, successeur de Pôle emploi depuis le 1er janvier 2024, a multiplié les cas d’usage : la Cour recense vingt-sept usages déployés à grande échelle, avec un essor particulièrement marqué depuis 2019.

Selon les auteurs du rapport, « France Travail utilise de façon croissante l’intelligence artificielle, principalement en soutien de sa mission d’accompagnement des demandeurs d’emploi et des entreprises ». Les missions comme l’indemnisation ou la lutte contre la fraude restent, quant à elles, moins concernées par ces usages.

Des programmes structurants mais des résultats inégaux

Le déploiement de l’IA s’est concentré autour de deux programmes nommés et chronologiquement distincts. Le premier, baptisé « Intelligence emploi », a fonctionné entre 2019 et 2022 et visait à « installer durablement l’IA à travers une approche systémique » et à développer une capacité interne de création de solutions.

Le second dispositif, « Data IA », lancé en 2024, a pour objectif de suivre et d’encadrer les progrès des technologies recourant à l’IA générative. Ces deux volets traduisent une volonté institutionnelle d’intégrer l’IA de façon organisée plutôt que ponctuelle.

Malgré cette structuration, la Cour souligne des effets opérationnels contrastés. Certains usages ont apporté des gains tangibles d’efficience, notamment dans l’orientation et l’accompagnement des demandeurs d’emploi. D’autres déploiements ont fourni des résultats moins probants, en raison de données insuffisantes, d’outils mal adaptés aux processus métiers ou d’un pilotage encore immature.

Usage interne : chiffres et pratiques

Le rapport livre aussi un instantané des pratiques internes. En mars 2025, 56 % des agents interrogés déclaraient utiliser l’IA, dont 9 % quotidiennement et 18 % plusieurs fois par semaine. Ces chiffres traduisent une adoption réelle mais variable selon les services et les profils professionnels.

L’adoption des outils n’implique pas automatiquement une maîtrise homogène de leurs limites. La Cour note des disparités dans la formation des agents, dans la documentation des modèles et dans la traçabilité des décisions assistées par IA. Ces déficits rendent plus difficile l’évaluation des impacts concrets sur les publics accompagnés.

Gouvernance et données : des chantiers ouverts

La Cour des comptes insiste particulièrement sur la nécessité de renforcer la gouvernance et la qualité des jeux de données. La robustesse des résultats produits par des algorithmes dépend directement de la fiabilité et de la représentativité des données alimentant ces systèmes.

Or, l’opérateur public doit encore améliorer ses processus de collecte, de nettoyage et d’anonymisation des données. La Cour identifie également des besoins en matière de gouvernance éthique et juridique, afin d’assurer la conformité aux cadres existants et la protection des droits des usagers.

Première évaluation d’un opérateur de l’État

Il s’agit, selon la Cour, de la première évaluation de ce type menée sur un opérateur de l’État. L’exercice vise à tirer des enseignements pour l’établissement lui-même mais aussi pour d’autres administrations susceptibles d’intégrer des solutions d’IA dans leurs missions de service public.

La synthèse finale met en garde contre un principe : l’IA peut améliorer l’efficience mais ne dispense pas d’instituer des garde-fous organisationnels et techniques. La Cour recommande de poursuivre la montée en compétences, d’améliorer les jeux de données et de structurer davantage la gouvernance pour garantir des usages sûrs et évaluables.

En conclusion, la stratégie d’innovation de France Travail apparaît prometteuse, marquée par une anticipation précoce et des déploiements mesurables. Reste à transformer ces premiers acquis en pratiques consolidées, grâce à une gouvernance renforcée et à des données mieux contrôlées.

Parlons Politique

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