Nouvelle mobilisation paysanne après la trêve des fêtes
Après une courte trêve durant les fêtes de fin d’année, les organisations agricoles se préparent à reprendre la mobilisation pour faire pression sur le gouvernement. Le premier ministre, Sébastien Lecornu, a convié pendant deux jours les syndicats à Matignon à partir du lundi 5 janvier, dans l’espoir d’apaiser une crise profonde et d’écarter la perspective d’un « troisième hiver de colère paysanne ».
Le chef du gouvernement doit recevoir successivement les Jeunes agriculteurs (JA) le lundi à 15 h, la Coordination rurale (CR) à 18 h, puis, le mardi à 17 h 30, la puissante FNSEA suivie de la Confédération paysanne. Ces rendez‑vous interviennent alors que plusieurs dossiers pèsent lourdement sur la profession : une épizootie de dermatose nodulaire contagieuse (DNC) touchant les bovins, des cours du blé faibles conjugués à des prix élevés des engrais pour les céréaliers, et la crainte d’une concurrence accrue liée à l’accord avec les pays du Mercosur.
Une crise sanitaire au cœur des tensions
La DNC, qui affecte les bovins, concentre une grande part des inquiétudes. Dans le Sud‑Ouest, zone en première ligne, la campagne de vaccination s’accélère : 74,7 % du cheptel concerné était vacciné au 4 janvier, selon les chiffres mentionnés. Toutefois, les autorités rappellent que les troupeaux ne sont considérés comme immunisés qu’au bout d’au moins vingt et un jours après l’injection.
Par ailleurs, trois nouveaux foyers de DNC ont été détectés ces derniers jours en Ariège, ce qui maintient la pression sur les éleveurs et sur les mesures de contrôle sanitaire. Face à ces risques, certains syndicats réclament la vaccination généralisée des quelque 16 millions de bovins et demandent l’arrêt de l’abattage systématique dès le premier cas.
Mesures annoncées par le gouvernement
Le gouvernement a annoncé, vendredi, qu’il dévoilerait « de nombreuses mesures » en faveur des agriculteurs « tout au long du mois de janvier », selon l’entourage du premier ministre. À la veille des réunions à Matignon, Sébastien Lecornu a adressé une « lettre ouverte » aux agriculteurs, promettant de « dire les choses clairement » et d’agir. Il y écrit notamment : « Depuis trop longtemps, un sentiment domine dans votre profession : celui d’une injustice profonde, celui d’une iniquité structurelle, celui d’un empilement de règles venues de loin qui, parfois, ont perdu leur bon sens. »
Le premier ministre rappelle que certaines règles ont déjà été simplifiées et annonce l’entrée dans « une phase plus ferme, plus offensive », en particulier vis‑à‑vis de l’Union européenne. Il appelle Bruxelles à « amplifier rapidement » les contrôles aux frontières pour tous les produits agricoles qui « ne respecteraient pas les normes sanitaires et phytosanitaires » de l’Union.
Sébastien Lecornu et la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, ont confirmé, dimanche, leur intention de suspendre par arrêté l’importation de fruits et légumes d’Amérique du Sud contenant des résidus de cinq fongicides et herbicides interdits en Europe — cités comme le mancozèbe, le glufosinate, le thiophanate‑méthyl et le carbendazime. Cet arrêté, attendu au Journal officiel, devra toutefois obtenir l’approbation de Bruxelles.
Réactions syndicales : promesses jugées insuffisantes
Les syndicats estiment, pour l’heure, que les annonces restent insuffisantes. Dans un communiqué, la FNSEA dénonce une « absence de vision (…) mortifère » et estime qu’aucune des propositions de la lettre du premier ministre « ne permettent d’apporter les réponses concrètes aux problématiques de revenus des agriculteurs ». Le syndicat réclame notamment « une loi d’exception agricole » pour lever certains « verrous réglementaires », relancer la production et mettre fin selon lui à des « contrôles absurdes ».
Sur la question du libre‑échange, les syndicats restent unanimes dans leur opposition à l’accord UE‑Mercosur, qui, selon les éléments du texte original, devrait être signé le 12 janvier. En revanche, ils se divisent quant à la gestion de la DNC : la Coordination rurale et la Confédération paysanne, toutes deux actives dans les actions de contestation (blocages d’autoroutes, ronds‑points, mobilisations autour de fermes touchées), réclament une politique sanitaire et économique plus protectrice pour les éleveurs.
Dans le Sud‑Ouest, la tension est perceptible. José Pérez, président de la CR47, figure des manifestations les plus spectaculaires dans la région, a déclaré à l’Agence France‑Presse : « Si ça se passe mal, il faudra monter à Paris, en tracteurs, en voitures… » Cette détermination illustre la difficulté pour le gouvernement d’opérer un « déminage » rapide alors que les syndicats jugent les mesures proposées insuffisantes.
Les rencontres prévues à Matignon marquent une étape principale de cette période de négociation. Reste à voir si les annonces à venir, et les mesures arrêtées dans les jours suivants, suffiront à apaiser les revendications économiques et sanitaires des professionnels de l’agriculture.





