Vingt ans jour pour jour après la mort d’Ilan Halimi, le 13 février 2006, Emmanuel Macron doit planter un chêne dans les jardins de l’Élysée, a annoncé mercredi 11 février la présidence. La cérémonie intervient après la vandalisation de plusieurs arbres érigés en mémoire du jeune homme et s’accompagnera d’un discours du président de la République.
Une cérémonie à l’Élysée encadrée et solennelle
Le chef de l’État prononcera un discours dans lequel il ne se contentera pas, selon un conseiller, de « dresser un constat mais aussi identifier, qualifier les propagateurs et les propagandes qui diffusent au cœur de notre nation le poison antisémite ». Le conseiller cite explicitement « l’extrême droite comme l’extrême gauche » ainsi que les « cercles identitaires comme communautaires ».
Quelque 200 invités sont attendus. Parmi eux figurent la famille d’Ilan Halimi, des représentants d’organisations engagées contre l’antisémitisme et des jeunes mobilisés sur ce thème. Les autorités judiciaires seront aussi présentes : le premier président et le procureur général près de la Cour de cassation, la directrice de l’École nationale de la magistrature et des représentants de l’ordre des avocats assisteront à la cérémonie.
Un message clair face à la haine
Selon un autre conseiller cité par la présidence, le président « dénoncera les accusations infondées dont les propagateurs de haine antisémite, sous toutes formes et en tous lieux, entendent accabler les Juifs français ». Il souhaite « poser les mots qui doivent conduire chacun et chacune, femmes et hommes de bonne volonté, à se lever contre l’antisémitisme d’où qu’il vienne, quelle qu’en soit la forme » et « délivrer un message de solidarité et d’affection envers tous les citoyens juifs de ce pays ».
Le geste symbolique de planter un arbre s’inscrit dans cet objectif de mémoire et de résistance aux atteintes commises récemment contre des monuments de mémoire. Un conseiller a souligné que l’intention est aussi de répondre aux actes de profanation qui ont visé des arbres en hommage à Ilan Halimi.
Un chêne sessile choisi pour sa symbolique
Le chêne retenu pour la plantation est un chêne sessile, espèce connue pour sa longévité — elle peut vivre plusieurs siècles, parfois jusqu’à un millénaire — et sa robustesse. La présidence précise que ce choix a été concerté avec la famille et répond à des valeurs symboliques : « la force, la longévité et la justice », a résumé un conseiller.
Ce même conseiller a insisté sur la portée du geste : « C’est aussi envoyer un message à tous ceux qui ces derniers mois ont tenté de s’en prendre à la mémoire d’Ilan Halimi en tronçonnant ou en coupant des arbres. Ils peuvent bien tenter de tous les tronçonner, à la fin, il en restera un dans le jardin de la République et sous sa protection. »
Parmi les faits cités figure un olivier planté en banlieue de Lyon qui a été en partie sectionné en janvier. En août 2025, un arbre commémoratif avait aussi été abattu à Épinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis). Deux frères avaient été condamnés pour cet acte : l’un à huit mois de prison ferme, l’autre à huit mois de prison avec sursis. Le tribunal n’avait toutefois pas reconnu le caractère antisémite de l’abattage, estimant qu’il n’existait pas suffisamment d’éléments établissant que les auteurs savaient que ce monument rappelait la mémoire d’Ilan Halimi. Le parquet a fait appel.
Contexte : une hausse des actes antisémites
La décision de marquer la date intervient dans un contexte de hausse des actes antisémites en France. Entre janvier et mai 2025, 504 faits antisémites ont été recensés, soit une augmentation de 134 % par rapport à la même période en 2023, selon les chiffres mis en avant par la présidence. La montée des actes est liée, d’après la communication officielle, au conflit à Gaza et aux réactions suscitées par les événements du 7 octobre 2023 en Israël.
La présidence met en garde contre les « propagandes » et les « propagateurs » de haine, tout en appelant à l’unité des citoyens et des institutions pour combattre l’antisémitisme sous toutes ses formes.
La mémoire d’Ilan Halimi rappelée
Ilan Halimi, 23 ans, avait été enlevé, séquestré et torturé en janvier 2006 par une vingtaine de personnes se faisant appeler le « gang des barbares », sous la direction de Youssouf Fofana. Le jeune homme a été découvert le 13 février 2006 long d’une voie ferrée à Sainte-Geneviève-des-Bois (Essonne), nu, bâillonné, menotté et portant des traces de torture et de brûlure. Il est décédé pendant son transfert à l’hôpital.
La plantation du chêne et la cérémonie prévue à l’Élysée se veulent un acte de commémoration pour le vingtième anniversaire de cette tragédie, une marque publique de mémoire et une réponse symbolique aux atteintes récentes visant des monuments consacrés à sa mémoire.





