Une facture à la pompe qui grimpe, et une question simple
Quand le prix de l’essence et du gazole remonte, la colère arrive vite. La vraie question, elle, est plus large : qui doit protéger les ménages quand l’énergie repart à la hausse ?
Fabien Roussel, secrétaire national du Parti communiste français, répond sans détour. Mercredi 1er avril, il a proposé de nationaliser TotalEnergies si le groupe ne baisse pas ses marges. Il veut aussi bloquer les prix et encadrer les marges des raffineurs, en particulier celles de TotalEnergies.
Ce que propose le PCF
Le responsable communiste défend une ligne très offensive sur l’énergie. Selon lui, TotalEnergies doit “accompagner la France”, les entreprises et les ménages, et non profiter de la hausse du pétrole. Il appelle aussi à reprendre la main sur le prix de l’électricité, avec une entreprise publique capable de proposer une électricité “la moins chère de toute l’Europe”.
Sur les carburants, sa position est encore plus précise. Le PCF veut plafonner temporairement le litre de gazole et de sans-plomb à 1,60 euro, le temps que la crise passe. Les sénateurs communistes doivent déposer une proposition de loi en ce sens. Fabien Roussel demande aussi un encadrement des marges des raffineurs, “notamment Total”.
Pourquoi ce débat revient maintenant
Cette sortie intervient dans un contexte de hausse des prix des carburants, liée à la tension au Moyen-Orient. Le gouvernement a annoncé des aides ciblées de près de 70 millions d’euros pour les secteurs les plus touchés. Mais pour Fabien Roussel, cela ne suffit pas.
Il s’appuie sur un point de fond : les carburants restent un poste de dépense très sensible pour beaucoup de Français, surtout ceux qui n’ont pas d’alternative immédiate à la voiture. Les données publiques du ministère de la transition écologique montrent d’ailleurs que le gazole atteignait, au 13 mars 2026, un prix moyen de 195,25 euros pour 100 litres, soit 1,9525 euro le litre. Le même document situe le sans-plomb 95-E10 à 184,29 euros pour 100 litres, soit 1,8429 euro le litre.
Le mécanisme derrière les prix
Dans ce dossier, tout se joue sur plusieurs étages : le cours du pétrole brut, le raffinage, la distribution, puis les taxes. Encadrer les marges des raffineurs ne revient donc pas à geler tout le prix final, mais à limiter la part captée à cette étape de la chaîne. C’est l’idée portée par les communistes.
Le problème, pour ses partisans, est simple : quand le baril monte, les automobilistes encaissent immédiatement la hausse. Quand il redescend, les prix à la pompe ne suivent pas toujours au même rythme. D’où la demande d’un cadre public plus strict, au moins dans les périodes de crise.
En face, le débat est plus compliqué. Encadrer les marges pose une question juridique et économique. Faut-il intervenir sur les prix, au risque de perturber l’investissement et l’approvisionnement ? Ou laisser faire le marché, au risque de laisser les ménages absorber seuls le choc ? C’est cette ligne de fracture qui revient à chaque flambée des carburants.
Nationalisation : un levier politique, mais lourd
La menace de nationalisation sert ici de pression politique. Elle signifie que l’État reprendrait le contrôle d’une entreprise privée. Ce n’est pas une mesure technique, mais un basculement majeur. Elle demanderait un cadre juridique solide, un coût élevé et un soutien politique très large.
Fabien Roussel l’utilise comme un levier : si TotalEnergies refuse de baisser ses marges, alors l’État devrait, selon lui, aller plus loin. Le message est clair. Le PCF veut montrer qu’il ne se contente plus de demander des gestes ponctuels. Il veut remettre la puissance publique au centre de la politique énergétique.
Le raisonnement vaut aussi pour l’électricité. Fabien Roussel plaide pour une entreprise publique capable de reprendre la main sur les prix. Il renvoie ainsi à une idée classique à gauche : considérer l’énergie non comme un produit ordinaire, mais comme un bien essentiel.
Un débat ancien, mais toujours explosif
Ce n’est pas la première fois que les prix à la pompe relancent les appels à l’intervention publique. L’Assemblée nationale a déjà débattu de propositions visant à encadrer les marges des industries de raffinage. En 2024 et 2025, plusieurs textes parlementaires ont aussi tenté d’agir sur les marges dans d’autres secteurs, preuve que le sujet revient régulièrement dès que l’inflation pèse sur le quotidien.
La nouveauté, ici, tient au ton. Fabien Roussel ne parle pas d’ajustement, mais de reprise en main. Il lie le pouvoir d’achat, la souveraineté énergétique et le rôle de l’État dans une même phrase politique. C’est cohérent avec la tradition communiste. C’est aussi une manière de se distinguer dans un débat où d’autres partis préfèrent des mesures plus ciblées ou temporaires.
Le gouvernement, lui, reste sur une ligne plus prudente. Les aides annoncées visent certains secteurs, pas l’ensemble des automobilistes. Cela limite la facture budgétaire. Mais cela laisse de côté une partie des ménages exposés à la hausse des carburants, en particulier dans les zones rurales et périurbaines.
Ce qu’il faut surveiller
La suite se jouera à l’Assemblée et au Sénat, avec le dépôt annoncé d’une proposition de loi communiste sur les marges des raffineurs. Il faudra aussi suivre la réaction du gouvernement et celle de TotalEnergies. Entre pression politique, débat budgétaire et contraintes juridiques, le dossier peut vite devenir un test sur la place que l’État veut reprendre dans l’énergie.















