Un mouvement en montée
La mobilisation des médecins libéraux, en grève depuis plusieurs jours, se renforce progressivement. Après une manifestation prévue samedi 10 janvier à Paris, le mouvement doit s’accentuer en début de semaine avec de nombreuses fermetures de blocs opératoires dans des cliniques privées lundi, mardi et mercredi.
Les six syndicats représentatifs des médecins libéraux ont collectivement refusé la proposition de rendez‑vous formulée en marge de la manifestation par la ministre de la Santé, Stéphanie Rist. Dans une lettre commune adressée à la ministre et diffusée vendredi soir, ils estiment que cette rencontre « ne nous semble pas de nature à modifier le cours des lois votées ou des projets de loi en attente de vote ».
Les signataires ajoutent dans ce courrier que « votre ministère sait depuis longtemps les points bloquants dont vous n’avez pas pu ou su ou voulu empêcher le vote ». Ils annoncent la poursuite de « leurs travaux en vue de convaincre les parlementaires, les ministres et surtout les patients de la mauvaise direction impulsée au système de soins, et des moyens de la redresser ».
Calendrier et demandes des syndicats
L’ensemble des organisations a appelé à une grève qui court du 5 au 15 janvier. Jérôme Marty, président de l’Union française pour une médecine libre (UFML), l’une des six organisations, a déclaré à l’Agence France‑Presse (AFP) souhaiter un rendez‑vous avec le premier ministre Sébastien Lecornu. « Au regard de la mobilisation historique de l’ensemble des organisations de médecins libéraux, la moindre des choses serait que le premier ministre parle », a‑t‑il dit.
Les revendications évoquées par les praticiens sont variées. Ils dénoncent notamment « des politiques qui les piétinent », citant un budget de la Sécurité sociale 2026 jugé insuffisant, une limitation des prescriptions d’arrêt de travail et des mesures permettant, selon eux, de contourner les négociations conventionnelles entre la profession et l’Assurance maladie.
Impact sur l’activité et les urgences
Selon « les derniers chiffres, remontant à mardi », l’activité était en baisse de 19 % chez les médecins généralistes libéraux et de 12 % chez les spécialistes. Cette baisse d’activité pèse sur les services d’urgence des hôpitaux, déjà confrontés à une forte circulation de la grippe et aux accidents liés à la neige et au verglas des derniers jours.
Les syndicats estiment que ces tensions s’ajoutent à un contexte hivernal contraignant pour les établissements hospitaliers et les services d’urgence. Ils attirent l’attention sur la fragilité du système de soins si les revendications ne sont pas prises en compte, tout en poursuivant leurs actions de sensibilisation auprès des parlementaires et du grand public.
Actions symboliques et points de blocage
Après la manifestation de samedi, environ 2 000 médecins exerçant au bloc opératoire — anesthésistes, chirurgiens, obstétriciens — ont annoncé qu’ils embarqueraient dimanche à bord de cars pour Bruxelles, pour un « exil » symbolique de quelques jours.
Les syndicats ont obtenu l’abandon de certaines mesures initialement inscrites dans le projet de budget de la Sécurité sociale, comme la surtaxation des dépassements d’honoraires et l’obligation de renseigner le dossier médical personnalisé des patients. Toutefois, le texte final adopté par le Parlement maintient un dispositif autorisant l’Assurance maladie à fixer unilatéralement, dans certains cas, les tarifs des actes médicaux.
Les praticiens s’opposent également à des dispositions examinées par le Parlement. Ils sont notamment hostiles à une possibilité d’imposer des objectifs de réduction des prescriptions aux médecins qui prescrivent nettement plus que leurs confrères en situation comparable. Cette mesure figure dans le projet de loi contre la fraude sociale et fiscale en cours d’examen parlementaire.
Par ailleurs, les médecins expriment leur crainte d’entraves futures à la liberté d’installation. Deux propositions de loi, dites Garot et Mouillé, sont en concurrence et visent à instaurer une forme de régulation de l’installation des praticiens, selon les syndicats.
Les prochaines journées seront scrutées pour mesurer l’ampleur des blocages hospitaliers et la capacité du gouvernement à ouvrir des pistes de négociation acceptables pour la profession.





