La Réunion: polémique sur la surtaxe du rhum dans le budget 2026 — santé publique vs tradition et enjeux économiques après 450 décès/an

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Débat à La Réunion : le projet de surtaxe sur le rhum, porté par le sénateur Stéphane Fouassin dans le cadre du projet de loi de finances 2026, visait à financer la prévention contre l’alcoolisme mais n’a pas été adopté à l’Assemblée nationale. Face à près de 450 décès annuels liés à l’alcool, la polémique met en lumière la tension entre santé publique, rôle culturel du rhum et enjeux économiques locaux.

Les discussions budgétaires autour du projet de loi de finances pour 2026 ont ravivé, à La Réunion, un débat sensible : la taxation du rhum local pour lutter contre l’alcoolisme. Si l’amendement proposé n’a pas abouti à l’Assemblée nationale, il a suffi à déclencher une vive polémique sur l’usage de la fiscalité locale comme levier de santé publique.

Le projet de surtaxe et son objectif

L’amendement, inscrit dans le projet de loi de finances pour 2026, était porté par le sénateur Stéphane Fouassin (divers droite). Médecin de profession, le parlementaire proposait de créer une surtaxe réunionnaise sur « tous les alcools forts », avec une majoration pour les spiritueux importés. L’objectif affiché : permettre au conseil départemental de financer des campagnes de prévention et, selon lui, contribuer à réduire la consommation d’alcool sur l’île. « Un enjeu de santé publique », a résumé le sénateur.

Le texte visait explicitement à distinguer les produits locaux des importations en relevant le taux applicable aux spiritueux venus de l’extérieur. Dans la présentation faite au Parlement, le produit de la surtaxe devait être affecté aux actions de prévention, sans que le projet initial détaillât précisément les modalités de répartition des fonds au sein des dispositifs locaux existants.

Un contexte sanitaire alarmant

Les partisans de la mesure rappellent le contexte sanitaire particulier de La Réunion, cité par des professionnels de santé. David Mété, chef du service d’addictologie du centre hospitalier universitaire (CHU) de Saint-Denis et président de la fédération régionale d’addictologie, évoque ainsi la place de l’île sur ce qu’il appelle le « podium de la honte ». Selon l’observatoire régional de santé cité dans le débat, La Réunion compte en moyenne 450 morts par an attribuables à l’alcool.

Les mêmes sources pointent une forte charge hospitalière liée aux troubles de l’usage de l’alcool et une prévalence élevée du syndrome d’alcoolisation fœtale. Les chiffres avancés indiquent par ailleurs que l’alcool est présent dans 80 % des violences intrafamiliales et dans 60 % des accidents mortels de la circulation, des éléments mis en avant pour justifier une intervention sanitaire renforcée.

Polémique et enjeux locaux

La proposition de surtaxe a provoqué une réaction vive sur l’île, tant pour son volet sanitaire que pour ses implications économiques et culturelles. Le rhum joue un rôle historique et commercial à La Réunion, ce qui rend toute initiative fiscale susceptible de susciter débats et oppositions. Le projet n’a cependant pas franchi l’étape de l’Assemblée nationale, où il n’a pas abouti.

Au-delà de l’absence d’adoption, la controverse illustre la difficulté à concilier deux objectifs : mobiliser des ressources publiques pour la prévention et éviter des effets perçus comme punitifs envers une filière locale ou envers les consommateurs. Les discussions ont aussi mis en lumière la question des mécanismes de financement ciblé : taxe affectée, subventions, ou renforcement des dispositifs existants au sein du département.

Les promoteurs de la surtaxe soutiennent qu’un prélèvement spécifique permettrait de garantir des moyens stables pour les actions de prévention et de prise en charge. Les opposants, dont certains n’ont pas été détaillés dans le texte d’origine, mettent traditionnellement en avant le risque d’effets économiques sur les producteurs locaux et la nécessité d’approches complémentaires — prévention, soin et accompagnement — pour réduire durablement les dommages liés à l’alcool.

Sans adoption parlementaire, le débat reste ouvert et témoigne de la tension entre fiscalité et santé publique dans un territoire marqué par des indicateurs préoccupants. Les acteurs locaux, autorités et professionnels de santé, devront encore examiner les leviers possibles pour agir sur la consommation d’alcool tout en tenant compte des réalités sociales et économiques de l’île.

Parlons Politique

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