Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, envisage « de prendre des sanctions qui peuvent aller de la suspension à la révocation » à l’encontre du maire d’Augignac (Dordogne), Bernard Bazinet, a indiqué la Place Beauvau à l’Agence France‑Presse (AFP) lundi 22 décembre, confirmant une information du quotidien Libération.
Le ministère précise que M. Nuñez « condamne fermement les propos tenus par le maire d’Augignac » et « estime (…) que ce maire ne possède plus l’autorité morale nécessaire à l’exercice de ses fonctions ».
Convocation et procédure administrative
Selon le ministère, Laurent Nuñez « a donc demandé à la préfète de la Dordogne d’entendre le maire pour lui faire part de la gravité de ses propos, incompatibles avec sa qualité de maire ». D’après Ici Périgord, Bernard Bazinet est convoqué mardi à la sous‑préfecture de Nontron (Dordogne).
Parallèlement, une procédure judiciaire est engagée : le maire doit être convoqué en janvier pour injure publique à caractère raciste devant le délégué du procureur de Périgueux et devra s’acquitter d’une amende de 500 euros, indique encore Ici Périgord.
Les propos incriminés
Le 4 décembre, Bernard Bazinet, élu de la commune d’Augignac (825 habitants), avait commenté sous une publication Facebook du journal Libération consacrée à la participation d’Israël à l’Eurovision : « Oui au boycott ! La France est trop youpine pour boycotter ! »
Interrogé ensuite par l’AFP, M. Bazinet a reconnu s’être emporté : « C’est un commentaire qui a dépassé complètement ma pensée. J’étais hors de moi par rapport à ce que je pouvais lire dans des reportages sur la Palestine. Quand j’ai vu que la France avait accepté la participation d’Israël, ça m’a amené à réagir de façon conne », a‑t‑il déclaré.
Il a ajouté ne pas avoir « forcément conscience que le terme, qui pour moi était argotique, avait des relents antisémites. Quand j’ai voulu le retirer, j’ai vu qu’il avait été partagé partout et repris sur CNews », a‑t‑il précisé.
Sanctions politiques et cadre légal
Le Parti socialiste (PS) a annoncé le 9 décembre l’exclusion de Bernard Bazinet, jugeant que « l’antisémitisme est un mal odieux. Aucune tolérance, aucune explication n’est entendable ».
Sur le plan administratif, le code général des collectivités territoriales prévoit que la suspension d’un maire ou d’un adjoint « est une mesure conservatoire prononcée par un arrêté ministériel, motivé pour un temps qui n’excède pas un mois ». La révocation, quant à elle, entraîne une inéligibilité « pendant une durée d’un an », rappelle le même texte.
La possibilité de sanctions ministérielles s’inscrit donc dans un cadre légal précis, qui distingue la mesure conservatoire (suspension) de la sanction définitive (révocation) et de ses conséquences sur l’éligibilité.
Réactions et enjeux
La déclaration et la suite donnée à l’affaire ont suscité des réactions vives dans les sphères politique et associative, au niveau local comme national. Plusieurs élus et organisations ont exprimé leur indignation face à la teneur des propos, soulignant la nécessité de lutter contre l’antisémitisme.
Le ministère de l’Intérieur a insisté sur la responsabilité particulière des élus et sur la nécessité de rappeler les valeurs républicaines. La préfète de la Dordogne a été chargée d’entendre l’élu pour évaluer la gravité des faits et les suites à donner.
Dans le même temps, l’affaire relance le débat sur les moyens de prévention et de sanction des discours de haine au sein des institutions. Plusieurs voix, sans être citées nominativement dans les éléments transmis, plaident pour un renforcement de la formation et de la sensibilisation des responsables politiques afin d’éviter de tels dérapages.
Cette affaire illustre la double dimension des réactions : la réponse immédiate au plan judiciaire et disciplinaire, et la réflexion à plus long terme sur la prévention des discours discriminatoires parmi les élus.





