Le gouvernement a survécu, mercredi 25 février, à deux motions de censure déposées respectivement par le Rassemblement national (RN) et La France insoumise (LFI), en réaction à la publication par décret, le 12 février, de sa programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). Après trois ans de débats et de nombreux reports, l’exécutif a choisi la voie du décret pour présenter sa feuille de route énergétique, provoquant une forte contestation parlementaire.
Résultats et déroulement des votes
La motion de censure déposée par LFI a recueilli 108 voix, loin des 289 nécessaires pour renverser le gouvernement. La motion du RN a obtenu 140 voix. Les deux textes ont donc été rejetés, permettant à Sébastien Lecornu de conserver son poste.
Sur la composition des votes, une large part du groupe écologiste a soutenu la motion « insoumise » : 29 députés sur 38 l’ont votée. Y ont également apporté leur soutien 6 membres du groupe communiste et ultramarin, ainsi que 2 députés du groupe socialiste (PS). La motion du RN a, elle, rallié les voix de ses alliés du groupe ciottiste et d’une députée du groupe Droite républicaine.
Le RN n’a pas voté la motion présentée par LFI, une rupture avec sa pratique habituelle. Le député Jean-Philippe Tanguy a expliqué ce choix en invoquant « l’indécence du comportement, le soutien assumé et ré-assumé des ‘insoumis’ à une milice séditieuse haineuse » après la mort du militant d’extrême droite radicale Quentin Deranque à Lyon.
Contestation sur la forme : décret versus vote parlementaire
Les orateurs des deux formations d’opposition ont dénoncé le recours au décret pour adopter la PPE, plutôt qu’un vote de loi. Jean-Philippe Tanguy (RN) a fustigé « Quand les macronistes perdent avec les règles de la démocratie, ils choisissent de passer en force avec cette PPE3. Votre dérive illibérale est totale ». Maxime Laisney (LFI) a estimé pour sa part : « C’est une nouvelle sorte de 49.3 que vous imposez au pays ».
Face à ces critiques, le chef du gouvernement a défendu le choix de l’exécutif et reproché aux oppositions de faire « la démonstration d’un désordre politique inutile ». Il a résumé sa position par une formule destinée à recentrer le débat sur l’efficacité énergétique : « Renverser un gouvernement ne produira pas un mégawattheure ». Dans sa réplique, il a aussi accusé le RN de proposer « des chiffres inventés » et a affirmé que LFI « préfère importer du gaz russe [plutôt] que de produire de l’électricité nucléaire décarbonée française ».
Enjeux de la programmation pluriannuelle de l’énergie
La PPE dévoilée par décret le 12 février met l’accent sur la relance de la consommation d’une électricité décarbonée, « notamment d’origine nucléaire », pour remplacer les énergies fossiles coûteuses à importer. Elle acte également un moindre déploiement de l’éolien terrestre et du solaire, ce qui constitue l’un des principaux points de divergence entre les forces politiques.
Dans leur motion, les députés RN dénoncent « une politique décroissante qui accélère les énergies intermittentes, ment sur le nucléaire et fait peser un risque majeur sur les finances publiques ». À l’inverse, LFI regrette « une relance massive du nucléaire » et dénonce « un coup de frein sans précédent sur le développement des énergies renouvelables », jugées « seules à pouvoir se substituer aux énergies fossiles à court terme et à nous permettre de répondre à l’urgence climatique ».
Réactions politiques et conséquences immédiates
Le débat a aussi produit des effets politiques collatéraux. Principale figure sortante citée, la ministre de la Culture Rachida Dati, candidate à la Mairie de Paris, a officialisé son départ mercredi soir, justifiant son départ peu après l’échec des motions de censure.
Le Parti socialiste, par la voix du député Karim Benbrahim, avait annoncé qu’il ne voterait pas la motion LFI. Il a expliqué ne pas vouloir « renoncer à lancer de nouvelles capacités nucléaires », estimant que s’en abstenir ferait peser « un risque majeur sur notre sécurité d’approvisionnement ».
Au terme du scrutin, le gouvernement reste en place et la PPE, adoptée par décret le 12 février, devient l’orientation officielle de la stratégie énergétique. Le vote et les échanges qui l’ont entouré montrent cependant que la question de l’équilibre entre nucléaire et renouvelables restera un point de friction majeur dans le débat politique.





