Sébastien Lecornu a annoncé, mercredi 25 mars, une accélération des commandes de munitions et des mesures d’accompagnement industriel dans le cadre d’une actualisation de la loi de programmation militaire (LPM). Le gouvernement souhaite ainsi sécuriser les approvisionnements et soutenir l’industrie de défense française face à l’aggravation des tensions au Moyen-Orient.
Calendrier et montants de la mise à jour de la LPM
Le gouvernement présentera au printemps un projet d’actualisation de la LPM qui ajoute 36 milliards d’euros aux 413 milliards déjà prévus pour la période 2024-2030. La LPM mise à jour doit être examinée rapidement : présentation en conseil des ministres le 8 avril, inscription la semaine du 4 mai à l’Assemblée nationale, puis examen au Sénat à partir du 1er juin, a précisé le Premier ministre lors d’un débat à l’Assemblée nationale.
Cette accélération tient, selon les autorités, à l’évolution du contexte sécuritaire régional depuis la fin février. Les choix budgétaires et les calendriers législatifs seront ajustés pour permettre une mise en oeuvre plus rapide des commandes et des dispositifs de soutien industriel.
Priorité aux munitions : montants, stocks et production
« L’urgence, ce sont évidemment les munitions », a déclaré Sébastien Lecornu en détaillant les mesures prévues. Le gouvernement table sur 8,5 milliards d’euros de commandes supplémentaires entre 2026 et 2030, qui s’ajoutent aux 16 milliards inscrits dans la LPM votée en 2023 pour la même famille d’équipements. « C’est indispensable », a-t-il ajouté, qualifiant l’effort de « colossal ».
Le ministre avait déjà, en décembre, insisté sur « l’urgence à reconstituer [les] stocks » et proposé « un passage à l’échelle de la production en masse de drones ». Dans ce cadre, Matignon annonce l’inauguration prochaine d’une nouvelle usine de production de drones dans l’Essonne, afin d’augmenter la capacité nationale de fabrication.
Pour organiser les approvisionnements, l’État lancera la plateforme « France Munitions », décrite comme « un grossiste de munitions » financé par l’État et des investisseurs privés. Parallèlement, un plan de soutien de 300 millions d’euros est prévu pour l’industrie « duale », qui travaille à la fois pour les marchés civils et militaires.
Mesures exceptionnelles, contexte géopolitique et réactions parlementaires
L’actualisation de la LPM introduira également un nouveau régime qualifié d’« état d’alerte de sécurité nationale », destiné à permettre une application exceptionnelle du code de la défense. En cas de menace grave, ce régime devrait autoriser des dérogations aux normes et faciliter le déploiement des forces sur le territoire.
Le gouvernement situe ces décisions dans le cadre du conflit déclenché le 28 février, après des frappes israélo-américaines sur l’Iran, auxquelles l’Iran a ensuite répliqué et visant des pays du Golfe alliés de la France. La France, avec le Royaume-Uni, apparaît aujourd’hui comme l’un des pays européens les plus engagés dans ce contexte, en raison d’accords de défense comprenant des clauses d’« assistance » classifiées.
Les députés ont exprimé un large consensus sur la nécessité de l’actualisation, rendant hommage au major Arnaud Frion, tué en Irak dans une attaque de drone attribuée à une milice pro-iranienne, et demandant davantage d’aide humanitaire et politique pour le Liban.
Sur le plan économique, Sébastien Lecornu a fait part de ses préoccupations concernant la navigation dans le détroit d’Ormuz, notant que les déclarations iraniennes au sujet de la circulation des navires « non hostiles » pourraient indiquer « peut‑être un signe d’un changement de phase ». Il a appelé à éviter que « cette crise de circulation ne devienne pas une crise de production ».
Confronté à la contrainte de la discipline budgétaire, le gouvernement n’envisage pas, pour l’heure, de réduction généralisée des taxes sur les carburants. Il privilégie des mesures de soutien ciblées aux secteurs affectés et étudie des propositions pour les professionnels « grands rouleurs » afin d’atténuer des problèmes de trésorerie.
Le Premier ministre doit réunir prochainement plusieurs ministres à Matignon pour faire le point sur cette « économie de guerre » et évaluer la capacité des industriels à honorer les commandes accrues. L’actualisation de la LPM et la mise en place des dispositifs annoncés constituent les prochaines étapes opérationnelles de cette stratégie.





