En novembre 2018, à l’occasion du centenaire de l’armistice, Emmanuel Macron prononçait un discours visant à défendre le multilatéralisme et la paix. Il affirmait vouloir « placer la paix plus haut que tout » et distinguait patriotisme et nationalisme par la phrase désormais citée : « Le patriotisme est l’exact contraire du nationalisme, le nationalisme en est une trahison ». Ce message a été tenu devant une assemblée internationale rassemblant près de soixante-dix chefs d’État et de gouvernement, une présence jugée symbolique pour le président français. ([theguardian.com](https://www.theguardian.com/world/2018/nov/11/trump-joins-macron-and-world-leaders-at-armistice-ceremony))
Du discours de paix à une rhétorique de puissance
Huit ans plus tard, le ton présidentiel apparaît transformé. Les références récurrentes au « patriotisme » s’inscrivent désormais dans un registre davantage axé sur la « puissance » et la préparation militaire, situation largement expliquée par les bouleversements géopolitiques récents, en particulier la guerre en Ukraine. Ce basculement est perçu, selon certains observateurs, comme lié aussi à un regain d’affirmation de puissance des acteurs internationaux, parfois qualifié par eux de « retour de l’impérialisme américain » ; il s’agit toutefois d’une lecture parmi d’autres du contexte international.
Sur le plan politique intérieur, cette évolution rhétorique s’accompagne d’effets concrets : priorités budgétaires, réformes du lien armée‑nation et reprises de discours publics sur la nécessité d’un effort collectif. Les signes de cette inflexion sont à la fois symboliques et programmatiques, et ils interrogent la manière dont la mémoire nationale et le récit républicain sont mobilisés au service des choix de défense.
Les vœux aux armées du 15 janvier 2026 et les annonces budgétaires
Lors de ses vœux aux forces armées, prononcés le 15 janvier 2026 sur la base aérienne d’Istres, Emmanuel Macron a résumé cette logique en des termes directs : « Pour rester libre, il faut être craint. Pour être craint, il faut être puissant. Et pour être puissant dans ce monde si brutal, il faut faire plus vite et faire plus fort. » Il a lié cette exigence stratégique à un objectif budgétaire porté à long terme : atteindre 64 milliards d’euros annuels pour la défense dès 2027, avancé par rapport à la trajectoire antérieure. ([elysee.fr](https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2026/01/15/voeux-aux-forces-armees-sur-la-base-aerienne-125-distres?utm_source=openai))
Le président a détaillé l’actualisation projetée de la loi de programmation militaire (LPM) 2026‑2030, qualifiée de « changement d’échelle ». Cette révision prévoit un effort supplémentaire de 36 milliards d’euros d’ici 2030, dont 3,5 milliards dès 2026, destiné à accroître notamment les stocks de munitions, la préparation opérationnelle et les capacités de frappe et de protection. Pour l’exécutif, il s’agit d’anticiper des engagements majeurs potentiels à horizon de trois à quatre ans. ([opex360.com](https://www.opex360.com/2026/01/15/m-macron-fixe-les-priorites-capacitaires-de-la-future-loi-de-programmation-militaire-actualisee/?utm_source=openai))
Service national volontaire et calendrier législatif
Avant ces vœux, le chef de l’État avait déjà annoncé, le 27 novembre 2025, la création d’un « service national » volontaire et « purement militaire » d’une durée de dix mois, qui doit se déployer progressivement dès l’été 2026. Le dispositif vise d’abord quelques milliers de volontaires en 2026, puis une montée en puissance sur la décennie suivante, avec des modalités de rémunération et d’hébergement précisées par l’Élysée et le ministère des Armées. ([defense.gouv.fr](https://www.defense.gouv.fr/actualites/service-national-ce-quil-faut-retenir-lannonce-du-president-republique?utm_source=openai))
Au plan législatif, le président a fixé une échéance politique : il a dit « pouvoir compter » sur la ministre, la ministre déléguée et les parlementaires pour que l’actualisation de la LPM soit adoptée « d’ici au 14 juillet prochain ». Ce calendrier marque la volonté de traduire ces annonces en crédits et textes avant l’été 2026, alors que les débats budgétaires restent, selon lui, urgents et parfois bloqués. ([elysee.fr](https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2026/01/15/voeux-aux-forces-armees-sur-la-base-aerienne-125-distres?utm_source=openai))
Enjeux et tensions
Les décisions annoncées ouvrent plusieurs chantiers concrets : montée en puissance industrielle, sécurisation des approvisionnements stratégiques, renforcement des capacités de dissuasion et adaptation des modèles de recrutement. Elles posent aussi des choix budgétaires nets, car l’accélération du réarmement demandera des arbitrages dans d’autres domaines de dépenses publiques.
Enfin, la conversion d’un discours commémoratif centré sur la paix vers une posture de puissance invite à interroger la place de la mémoire dans la politique contemporaine. Entre appels à l’unité nationale et demandes d’effort financier, la communication présidentielle vise aujourd’hui à préparer l’opinion à des engagements durables en matière de défense.





