Mercosur : Retailleau avertit qu’Emmanuel Macron « prend le risque d’une censure » s’il soutient l’accord, alors que la PAC reçoit 45 Md€ pour apaiser les agriculteurs

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Bruno Retailleau (LR) avertit qu’Emmanuel Macron « prend le risque d’une censure » s’il vote en faveur de l’accord UE‑Mercosur, au cœur d’une vive contestation des agriculteurs et de l’opposition. Bruxelles a proposé un apport anticipé de 45 milliards d’euros à la PAC pour calmer les tensions, mais députés (Ruffin, Bompard, Bardella) réclament des garanties ; la décision présidentielle et l’éventuelle motion de censure se joueront dans les jours à venir.

Le président du parti Les Républicains (LR), Bruno Retailleau, a lancé mercredi 7 janvier un avertissement direct au président de la République, Emmanuel Macron : si celui-ci « votait pour » l’accord de libre‑échange entre l’Union européenne (UE) et le Mercosur, il prendrait « le risque d’une censure du gouvernement » de Sébastien Lecornu.

Un rappel politique et une menace de censure

Lors d’une conférence de presse consacrée à la présentation de son programme économique, l’ancien ministre de l’Intérieur a déclaré : « Ce que je dis solennellement, c’est que si le président de la République vote pour le Mercosur, après toutes ses déclarations, il prend le risque d’une censure ». Cette mise en garde s’inscrit dans un contexte de forte mobilisation politique et sociale contre l’accord, notamment de la part des agriculteurs français.

Interrogé sur une éventuelle motion de censure, le patron de LR a toutefois refusé, pour l’heure, d’appeler la cinquantaine de députés de son camp à voter explicitement contre le gouvernement. Il a expliqué qu’« il faut d’abord voir quel sera le vote du président de la République », choisissant de temporiser en attendant la position officielle de l’exécutif.

Position du gouvernement et calendrier

En décembre, Emmanuel Macron s’était félicité du report de la signature de l’accord et avait demandé que les « avancées » réclamées par la France se concrétisent afin que « le texte change de nature ». Le gouvernement a répété mercredi matin que, pour la France, « le compte n’y est pas », juste avant une réunion des ministres de l’agriculture des Vingt‑Sept.

Le report de la signature et les déclarations présidentielles montrent que Paris cherche encore à obtenir des garanties supplémentaires avant d’entériner l’accord de libre‑échange avec le bloc latino‑américain.

Offre de la Commission européenne et réactions

Pour tenter de désamorcer les tensions liées à l’accord, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a proposé mardi une mesure financière : un apport anticipé de 45 milliards d’euros dès 2028 dans la prochaine politique agricole commune (PAC 2028‑2034) de l’UE.

Emmanuel Macron a aussitôt salué cette annonce sur X, y voyant « le résultat » de la « mobilisation déterminée » de la France et de son « engagement constant » en faveur des agriculteurs. Ce message a toutefois suscité une vague de critiques sur le même réseau social.

Le député François Ruffin, ancien élu de La France Insoumise (LFI), a ainsi raillé : « Macron agite le hochet des aides de la PAC pour faire avaler la pilule du Mercosur. Désolé M. Macron, mais ça ne passera pas ». De son côté, le coordinateur de LFI, Manuel Bompard, a accusé l’exécutif de vouloir « faire passer pour une victoire le maintien au même niveau des aides de la PAC pour tenter de faire avaler l’accord de libre‑échange avec le Mercosur » et a affirmé : « Pas question », « la France doit refuser l’accord », en rappelant une proposition de résolution de l’Assemblée nationale en ce sens.

Le président du Rassemblement national, Jordan Bardella, a quant à lui déclaré qu’il soupçonnait Emmanuel Macron de « préparer les esprits à une véritable trahison de nos agriculteurs, justifiée par des “garanties” illusoires et des promesses sans lendemain ».

Enjeux et conséquences

L’affaire met en lumière les tensions internes au sein de la classe politique française autour d’un texte qui divise. D’un côté, Bruxelles propose une contrepartie budgétaire afin d’apaiser les inquiétudes; de l’autre, plusieurs partis et représentants agricoles exigent des garanties jugées insuffisantes.

La menace d’une motion de censure brandie par des responsables politiques tels que Bruno Retailleau illustre le risque politique pour l’exécutif si le président venait à soutenir l’accord. Reste à savoir quelle position Emmanuel Macron adoptera et si les avancées revendiquées par la France seront jugées suffisantes pour modifier la nature du texte, comme il l’a demandé en décembre.

La suite dépendra des arbitrages politiques dans les jours à venir et des discussions entre États membres lors des réunions ministérielles prévues.

Parlons Politique

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