Les responsables des Républicains ont multiplié, cette semaine, les prises de position publiques pour exiger une mise à distance de La France insoumise (LFI) après la mort, le 14 février à Lyon, du militant identitaire Quentin Deranque. Pour eux, les récents événements — et en particulier l’implication alléguée de plusieurs collaborateurs parlementaires du député LFI du Vaucluse, Raphaël Arnault — prolongeraient une logique de « violence verbale » jugée dangereuse et contribueraient selon eux à banaliser les formes d’agression physique.
« Isoler et ostraciser politiquement » : l’intervention de Laurent Wauquiez
Dans un entretien accordé au Journal du dimanche (JDD) publié le 22 février, Laurent Wauquiez, chef du groupe des députés Les Républicains (LR), a qualifié LFI de « formation politique toxique pour notre vie démocratique » et appelé à ce qu’elle soit « isolée et ostracisée politiquement ». Interrogé sur la possibilité d’une dissolution du mouvement, il a tempéré sa position : « Je rêverais de pouvoir vous dire qu’il suffit de dissoudre LFI. Mais ce n’est pas ainsi qu’on gagne une bataille politique », a-t‑il déclaré.
La mise en cause de LFI par M. Wauquiez vise à traduire, selon lui, une continuité entre des propos incendiaires tenus dans l’espace public et un climat propice aux passages à l’acte. Son discours s’inscrit dans une stratégie de droitisation du débat visant à soustraire l’électorat et les alliances potentielles aux candidats insoumis, notamment à l’approche des échéances locales.
Un « cordon sanitaire » revendiqué par Bruno Retailleau
Bruno Retailleau, président du parti Les Républicains, a repris et durci cette ligne en appelant à l’établissement d’un « cordon sanitaire » contre LFI. « Pas une voix ne doit aller vers les candidats insoumis », a-t‑il affirmé lors d’un déplacement en Seine‑et‑Marne, le jeudi 19 février.
Pour M. Retailleau, la violence verbale observée à l’Assemblée nationale et dans l’espace public aurait des effets concrets : « La violence verbale ouvre les portes à la violence physique », a‑t‑il estimé. Cette lecture relie directement les discours politiques au climat d’insécurité civique et justifie, selon ses partisans, une stratégie d’isolement systématique de LFI dans les scrutins à venir.
Au sein de la droite, la demande de dissolution de LFI reste cependant circonscrite : le sénateur des Bouches‑du‑Rhône, Stéphane Le Rudulier, est cité comme le seul élu à réclamer officiellement la dissolution depuis environ trois ans, tandis que d’autres responsables privilégient des mesures politiques de mise à l’écart plutôt qu’une procédure institutionnelle exceptionnelle.
Conséquences politiques et débats sur les alliances municipales
Les prises de position de LR interviennent aussi dans un contexte de négociations électorales locales, où la perspective d’accords ponctuels entre le Parti socialiste (PS) et La France insoumise est régulièrement évoquée. À droite, ces éventuels rapprochements suscitent l’inquiétude et la volonté de bloquer toute alliance susceptible de bénéficier aux candidats insoumis.
Les responsables de LR dénoncent ainsi non seulement la responsabilité morale qu’ils prêtent à LFI dans la dégradation du débat public, mais aussi les conséquences électorales de toute coopération entre la gauche radicale et des partis plus institutionnels. Leur appel au « cordon sanitaire » vise à dissuader électeurs et partenaires locaux de conclure des accords avec des listes se revendiquant de LFI.
Sur le fond, la controverse pose des questions politiques et juridiques : s’il est possible de dénoncer des propos ou des comportements, la dissolution d’un mouvement politique est une mesure lourde et rare, encadrée par le droit et le contrôle du juge administratif. Les débats ouverts par les élus LR relèvent donc à la fois d’une stratégie politique et d’un message public destiné à mobiliser l’opinion contre toute forme d’alliance jugée inacceptable par la droite.
Les événements entourant la mort de Quentin Deranque et les enquêtes en cours restent des éléments factuels au cœur du débat ; les responsables LR fondent leurs réactions sur ces faits pour réclamer une réaction politique forte. La suite des investigations judiciaires et les décisions des formations politiques lors des prochaines semaines détermineront si ces appels à l’isolement aboutiront à des ruptures concrètes d’appareil ou resteront des signaux politiques à destination des électeurs.





