La ministre du Travail, Muriel Pénicaud, a défendu mardi matin sur France Inter la feuille de route sociale du gouvernement, tout en nuançant l’ampleur et le rythme des mesures annoncées la veille par le président de la République. Invitée le mardi 11 décembre au lendemain de l’allocution présidentielle, elle a insisté sur la nécessité d’un accompagnement « sur le plan social » face à des difficultés qu’elle a qualifiées de longues à résoudre.
« On ne peut pas réparer 40 ans en 18 mois » : un constat de temporalité
Lors de l’entretien, Muriel Pénicaud a résumé la position du gouvernement par une formule : « Le cap, c’est toujours l’emploi, la croissance, le travail, qu’on puisse vivre dignement de son travail. C’est ce qu’ont dit les ‘gilets jaunes’ depuis des semaines. Mais on ne peut pas réparer 40 ans en 18 mois. Donc en attendant, il faut accompagner plus sur le plan social. »
Cette phrase place la réforme des politiques sociales et du travail dans une temporalité longue : selon la ministre, des changements profonds accumulés depuis plusieurs décennies ne peuvent être entièrement résolus en quelques mois. Elle en tire la justification d’un renforcement temporaire des mesures de soutien, plutôt que d’une transformation immédiate et totale du modèle économique.
Décomposition des mesures annoncées : SMIC, prime d’activité et financement
Sur le volet strictement salarial, Emmanuel Macron avait annoncé la veille une hausse destinée aux personnes au SMIC composée de deux volets. Muriel Pénicaud a précisé que « il y aura une partie payée par les entreprises, le smic classique, qui augmentera de 1,8%, la plus grosse augmentation depuis 13 ans. »
La ministre a ensuite expliqué que le complément annoncé — présenté par l’Élysée comme une hausse « de 100 euros par mois dès 2019 » pour un travailleur au SMIC — correspond à une augmentation de la prime d’activité. Cette majoration, a-t-elle souligné, sera financée « par l’État, par l’impôt », et non par les employeurs.
Selon Muriel Pénicaud, la prime d’activité touche « 2,6 millions de personnes en France ». Elle a insisté : « On va beaucoup plus loin qu’un coup de pouce. La prime d’activité concerne beaucoup plus de gens que ceux qui sont au smic. »
Bénéficiaires et portée sociale de la prime d’activité
La ministre a repris l’argument selon lequel la prime d’activité ne se limite pas aux seuls salariés au SMIC. « La prime d’activité ne vise pas juste les personnes au smic, elle va plus loin », a-t-elle martelé, en précisant que cette aide vise « vraiment les travailleurs à revenus modestes, les classes populaires et les premières classes moyennes ».
Ce positionnement réaffirme l’intention gouvernementale : concentrer les dispositifs sur les actifs qui bénéficient d’un revenu d’activité mais restent en situation de fragilité économique. Aux yeux de la ministre, la mesure vise à encourager « tous ceux qui travaillent, qui veulent la dignité du travail ».
Limites et points de vigilance évoqués par la ministre
Muriel Pénicaud a également rappelé que, la veille de l’allocution présidentielle, elle avait indiqué qu’il n’y aurait pas de « coup de pouce » supplémentaire au SMIC au-delà de la hausse de 1,8% attendue en janvier. Cette précision met en lumière la distinction — importante pour le gouvernement — entre une hausse mécanique du SMIC et un soutien ciblé via des prestations sociales.
En filigrane de son intervention, la ministre a reconnu des limites : des mesures de court terme peuvent atténuer des tensions sociales, mais ne remplacent pas des réformes structurelles touchant l’emploi et la compétitivité. Son appel à « accompagner plus sur le plan social » traduit la volonté de combiner immédiateté et préparation d’actions de long terme.
Sans détailler le calendrier d’application précis ni les modalités administratives de la revalorisation de la prime d’activité, l’interview a servi à expliciter la logique du gouvernement : répartir l’effort entre une hausse légale du SMIC portée par les employeurs et une majoration de prestations financée par l’État, afin d’agir plus largement sur le pouvoir d’achat des travailleurs modestes.
Si le débat public se poursuit sur l’efficacité et la rapidité des mesures, la position exprimée par Muriel Pénicaud lors de son intervention radiophonique souligne la combinaison recherchée entre mesures compensatoires immédiates et transformations plus profondes jugées nécessaires par l’exécutif.





