Un calme surprenant à trois semaines du débat sénatorial
À trois semaines de l’examen au Sénat, prévu le mardi 24 février, l’atmosphère à Nouméa contraste avec l’intensité politique qui a marqué les derniers mois. Les rues restent étonnamment calmes : pas de manifestation visible, pas de banderole, ni de rassemblement spontané réclamant des amendements ou la suspension du texte.
Le projet de loi constitutionnelle en question prévoit notamment le dégel du corps électoral, un point sensible et structurant du débat politique en Nouvelle‑Calédonie. Pour les indépendantistes, cette mesure est « la mère de toutes les batailles » ; pour les loyalistes, elle relève d’une réforme nécessaire pour adapter le cadre institutionnel. Ce clivage explique en grande partie la nervosité qui entoure chaque étape de la procédure législative.
Souvenirs des mobilisations et des violences
Le contraste observé aujourd’hui prend un relief particulier au regard des manifestations d’il y a deux ans, à la même période, quand des dizaines de milliers de personnes défilaient dans les rues pour exprimer leur refus du dégel. À l’époque, les oppositions entre camps étaient manifestes et les rassemblements, massifs.
Le 13 mai 2024, jour de l’examen du texte à l’Assemblée nationale, les tensions ont basculé dans la violence. Les affrontements de cette journée ont fait 15 morts et causé des dégâts matériels évalués à plusieurs milliards d’euros, selon les éléments rapportés au moment des faits. Ces événements restent, d’après le texte d’origine, parmi les plus graves de l’histoire récente du territoire.
Les responsabilités n’ont pas été établies de manière définitive. Les loyalistes ont imputé les violences à une « cellule de coordination des actions de terrain » (CCAT), présentée comme créée par l’Union calédonienne pour organiser la mobilisation contre le projet. Les indépendantistes, pour leur part, ont dénoncé un « passage en force de l’État » et mis en avant des injustices sociales profondes qu’ils estiment à l’origine d’une rébellion violente touchant une partie de la jeunesse kanak.
Positions et paroles publiques
Le débat public a également été marqué par des prises de parole très franches. La leader loyaliste Sonia Backès s’était adressée à ses partisans depuis un camion, en lançant : « Si l’État tremble, le bordel, c’est nous qui le mettrons. » Cette formule a cristallisé la polarisation du discours politique et illustré l’extrémisation des postures dans les jours précédant la crise majeure.
Du côté de l’exécutif national, la réforme engagée à l’époque par le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, avait reçu le soutien des sensibilités favorables au dégel. Les oppositions ont insisté sur le caractère symbolique et concret de la modification du corps électoral, qui touche aux fondements de la représentation politique en Nouvelle‑Calédonie.
Un débat encore ouvert et sensible
Malgré le calme apparent dans l’espace public à Nouméa, le dossier reste politiquement explosif. Le projet de loi, et singulièrement la question du dégel du corps électoral, continue d’être un facteur de division majeure entre communautés et forces politiques sur le Caillou.
La justice, à ce stade décrit dans le texte d’origine, n’a pas rendu de décision définitive portant sur les responsabilités individuelles ou collectives liées aux violences de mai 2024. Ce point demeure un élément d’incertitude et alimente les discours des uns et des autres, tant dans la sphère politique que dans la société civile.
En l’absence d’action visible dans la rue, les prochains jours — et surtout la séance prévue au Sénat le mardi 24 février — apparaîtront comme un test de l’équilibre politique. Les débats parlementaires et les réactions qu’ils susciteront, dans l’enceinte comme hors de l’enceinte, permettront de mesurer si le calme observé se maintient ou si la contestation renaît.





