Un président qui remonte, à quoi cela tient-il ?
Quand la politique donne peu de visibilité, les Français jugent vite sur les signaux qui comptent : le pouvoir paraît-il encore solide, et surtout capable de tenir dans la tempête ? C’est exactement ce que raconte le dernier baromètre de popularité publié ce dimanche 28 mars.
Emmanuel Macron voit sa cote remonter nettement. 23 % des personnes interrogées se disent satisfaites de son action, soit cinq points de plus qu’en février. Le chef de l’État retrouve ainsi son niveau d’août 2025. À l’inverse, 77 % des sondés restent mécontents, dont 46 % très mécontents, même si cette dernière part recule de sept points.
Le Premier ministre Sébastien Lecornu progresse, lui, plus discrètement. 36 % des Français interrogés se disent satisfaits de son action, contre 64 % de mécontents. Dans ce baromètre, il gagne un point.
Le contexte : guerre au Moyen-Orient, prix du carburant et municipales
Ce rebond intervient dans un climat très chargé. Le sondage montre que les sujets les plus présents dans l’esprit des Français sont la hausse des prix du carburant, citée par 80 % des répondants, les résultats des élections municipales, à 77 %, et la guerre au Moyen-Orient, à 70 %.
Ce genre de hiérarchie compte beaucoup. En politique, la popularité ne dépend pas seulement d’un bilan global. Elle bouge aussi selon l’actualité immédiate, le niveau de tension internationale et le sentiment d’incertitude dans le pays. Quand l’international s’impose, le regard porté sur l’exécutif peut changer plus vite.
Frédéric Dabi, directeur général de l’Ifop, parle d’un « rebond très significatif » pour Emmanuel Macron. L’expression dit bien l’essentiel : le chef de l’État ne sort pas d’une zone de défiance massive, mais il regagne du terrain.
Des chiffres qui mesurent une reprise, pas un retournement
Le cœur de l’information est là. Emmanuel Macron reste très minoritaire dans l’opinion, mais il reprend des points. Sébastien Lecornu avance un peu, sans décoller. Le message est donc double : l’exécutif retrouve un peu d’air, mais sans basculer dans une dynamique franchement favorable.
Le sondage a été réalisé en ligne du 18 au 26 mars auprès de 2 009 personnes représentatives de la population âgée de 18 ans et plus. La marge d’erreur annoncée va de 1 à 2,2 points. Cela veut dire qu’il faut lire ces variations avec prudence. Un point de plus ou de moins ne suffit pas à parler de tendance lourde. En revanche, cinq points de hausse pour Emmanuel Macron, c’est un signal plus net.
Le niveau de mécontentement reste cependant très élevé. Avec 77 % d’insatisfaits, le président de la République continue de faire face à une défiance majoritaire. Autrement dit, il ne s’agit pas d’un retour en grâce. C’est plutôt un redressement partiel, dans un climat où les Français semblent chercher des repères stables.
Ce que cela change politiquement
Une popularité qui remonte ne change pas tout, mais elle compte. Pour un chef de l’État, elle sert d’appui dans les séquences difficiles. Elle peut aussi peser sur la manière dont les ministres, les députés de la majorité et les alliés lisent le rapport de force.
Pour Sébastien Lecornu, la situation est différente. Avec 36 % de satisfaits, il reste dans une zone de soutien limitée, mais pas marginale. Un Premier ministre très exposé peut perdre vite du terrain. À l’inverse, quelques points gagnés lui donnent un peu de répit, surtout s’il doit porter des arbitrages sensibles sur le budget, les prix ou les tensions internationales.
Le baromètre montre aussi que les Français ne regardent pas la même chose qu’il y a quelques semaines. La hausse des carburants arrive en tête des préoccupations. C’est un sujet concret, immédiat, visible sur la facture et à la pompe. Les municipales pèsent aussi dans le débat, car elles reconfigurent souvent les rapports politiques locaux et donnent une lecture nationale du paysage. Enfin, la guerre au Moyen-Orient nourrit un climat d’inquiétude qui dépasse les frontières françaises.
Une embellie à surveiller de près
Reste une question simple : cette remontée est-elle durable ? Rien ne permet de le dire aujourd’hui. Les sondages réagissent souvent à l’actualité chaude, puis se tassent. La suite dépendra donc de l’évolution des prix, de la tonalité des prochaines prises de parole de l’exécutif et de la manière dont les sujets internationaux continueront à peser dans le débat public.
Le prochain rendez-vous à regarder sera la série de sondages à venir. Ils diront si ce rebond d’Emmanuel Macron tient, si Sébastien Lecornu confirme sa petite progression, ou si l’épisode de fin mars n’était qu’un effet de contexte.














