PPE3 : mix centré sur le nucléaire (6 EPR annoncés, 8 en option), ambitions réduites pour éolien/solaire, objectif 60% bas carbone en 2030 et neutralité 2050

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Le 12 février, le Premier ministre Sébastien Lecornu a publié par décret la 3e programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3), longtemps retardée par des tensions politiques. Le texte privilégie un mix centré sur le nucléaire (six EPR annoncés, huit en option), réduit certaines ambitions pour l’éolien et le photovoltaïque, et vise la neutralité carbone en 2050 avec 60 % d’énergie bas carbone d’ici 2030 — mais sa réussite dépendra de l’accélération de l’électrification des usages et d’une stabilité politique durable.

Jeudi 12 février, le Premier ministre Sébastien Lecornu a profité d’une accalmie politique pour dévoiler puis publier, par décret, la troisième programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3). Ce document stratégique, attendu depuis plus de deux ans, a finalement été promulgué après une série de reports et de pressions politiques qui avaient retardé sa publication.

Un calendrier retardé par les divisions politiques

La PPE3 devait être présentée avant le 1er juillet 2023, mais plusieurs gouvernements successifs ont repoussé l’échéance. Selon le texte d’origine, ces retards tiennent à l’impossibilité de dégager des majorités stables à l’Assemblée nationale pour faire voter une loi, et à la crainte d’être censuré par le Rassemblement national (RN).

Au fil des mois, le calendrier s’est vu bousculé par des enjeux partisans : débats sur la trajectoire énergétique, demandes de moratoires sur certaines filières et alternances ministérielles. Ces facteurs expliquent en grande partie pourquoi la PPE3 n’a été publiée que par décret, dans une fenêtre politique jugée propice.

Des choix qui privilégient le nucléaire tout en rognant sur les renouvelables

La PPE3 confirme les grands équilibres annoncés lors du discours de Belfort prononcé par Emmanuel Macron en février 2022 : dans les dix prochaines années, la France s’appuiera majoritairement sur une production d’électricité d’origine nucléaire, avec la construction de six nouveaux réacteurs EPR et la possibilité d’en ajouter huit autres en option.

En parallèle, les objectifs pour l’électricité renouvelable ont été partiellement revus à la baisse. Le texte signale un important coup de frein sur l’éolien terrestre et le photovoltaïque, mesures qui résultent en partie de pressions politiques exercées ces derniers mois.

Ces arbitrages ont suscité des critiques, notamment de la part des filières industrielles qui attendaient des signaux plus favorables aux renouvelables. Les appels répétés à un moratoire formulés par la droite et l’extrême droite ont parfois été jugés irréalistes, étant donné que la mise en service du premier réacteur nouveau n’est pas attendue avant 2038, ce qui rend les renouvelables indispensables pour assurer le mix énergétique à court et moyen termes.

Objectifs climatiques et souveraineté énergétique au centre du dispositif

La PPE3 vise à placer la France sur la trajectoire de la neutralité carbone en 2050. La production d’électricité y occupe une place centrale, tant pour respecter l’engagement de réduire de 55 % les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030 par rapport à 1990 que pour renforcer la souveraineté énergétique.

Le document rappelle des chiffres significatifs : la France importe 99 % des hydrocarbures qui représentent 60 % de sa consommation d’énergie, un niveau d’importation qui lui a coûté 58 milliards d’euros en 2024 et qui la rend vulnérable aux chocs géopolitiques. Pour commencer à inverser cette dépendance, la programmation fixe un cap : atteindre 60 % de consommation d’énergie bas carbone en 2030.

Électrification des usages : un enjeu clé mais fragile

Atteindre l’objectif de 60 % de consommation bas carbone suppose d’accélérer nettement l’électrification des usages. Produire davantage d’électricité bas carbone restera vain si les transports et le chauffage demeurent largement dépendants des énergies fossiles importées.

La mise en œuvre de cette seconde facette de la stratégie se heurte toutefois à des fragilités politiques et administratives. L’instabilité gouvernementale, les changements de priorités entre ministères et des coupes budgétaires ont entraîné des variations des aides à la rénovation énergétique ; conséquence signalée : les ventes de pompes à chaleur se sont effondrées en 2025.

Par ailleurs, même si l’Europe a enregistré en décembre 2025 un moment symbolique — plus de véhicules électriques vendus que de véhicules thermiques —, la transition dans les transports reste précaire. La progression des véhicules électriques et des dispositifs de rénovation dépendra d’une politique volontaire, stable et capable d’accompagner les ménages et les entreprises face aux coûts et aux contraintes.

En récapitulant, la PPE3 préserve l’essentiel des choix stratégiques sur le nucléaire tout en concédant des reculs sur certains objectifs renouvelables. Le document trace une trajectoire ambitieuse vers la neutralité carbone, mais sa réussite dépendra de la capacité des pouvoirs publics à soutenir l’électrification des usages et à tenir un cap politique durable face aux pressions partisanes.

Parlons Politique

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