Me Henri Laquay a assuré la défense de Wallerand de Saint‑Just lors de l’audience du mardi 10 février, au cours du procès en appel relatif aux assistants parlementaires européens du Front national. Sa prestation, marquée par la concision, la finesse et un certain humour, visait à minimiser l’ampleur des poursuites pénales qui pèsent sur son client, alors que les enjeux judiciaires restent lourds.
Wallerand de Saint‑Just, âgé de 75 ans et ancien avocat, a été trésorier du parti entre 2009 et 2021. Il a été condamné le 31 mars 2025 pour « complicité de détournement de fonds publics » à hauteur de 3,1 millions d’euros. La peine prononcée comprend trois ans d’emprisonnement, dont deux avec sursis, une amende de 50 000 euros et trois ans d’inéligibilité.
Les éléments retenus par le tribunal
Le tribunal a estimé que M. de Saint‑Just avait joué « un rôle déterminant » dans l’organisation qui, selon l’accusation, permettait de « faire des économies grâce au Parlement européen ». Les juges ont conclu à l’existence d’un montage visant, selon eux, à rémunérer des militants du parti par le biais de contrats d’assistants parlementaires présentés comme fictifs.
L’enquête et la décision de première instance décrivent ce montage comme un « système » mis en place à l’origine par Jean‑Marie Le Pen, puis développé sous la direction de sa fille Marine Le Pen. Pour le tribunal, « le système ne fait pas de doute », formulation reprise lors des débats.
Les arguments de la défense
Devant la cour d’appel, la stratégie de la défense s’est concentrée sur la remise en cause d’une qualification systémique et sur l’imprécision des règles applicables au Parlement européen. Mᵉ Laquay a reconnu que certains assistants avaient, « dans une proportion difficile à définir », exercé des tâches au profit du Front national et non exclusivement pour leur député. Il a soutenu que cette réalité de fait ne suffisait pas à établir l’existence d’un système organisé de détournement.
L’avocat a aussi insisté sur l’évolution des règles de fonctionnement du Parlement européen au fil du temps, et sur leur manque de clarté à certaines périodes, pour relativiser la responsabilité pénale individuelle de son client. Le ton employé mêlait ironie et précision juridique, dans le but d’affaiblir la lecture faite par les magistrats de première instance.
Dans la salle d’audience, un autre avocat, venu de Bruxelles, a répliqué avec véhémence. « Dire qu’il n’y a pas eu de système serait être un peu grossier, » a‑t‑il lancé, ajoutant aussitôt : « Je vais être un peu grossier. » Cette intervention illustre la polarisation des interprétations entre parties adverses sur la nature et la portée des faits reprochés.
Un dossier aux contours contestés
Le procès en appel porte donc sur la confirmation ou la remise en cause d’une condamnation lourde, qui associe chiffres précis et qualificatifs juridiques forts. Le montant retenu par le tribunal, 3,1 millions d’euros, et la peine prononcée constituent les points centraux qui expliquent l’intensité des débats.
La défense met au centre de son argumentation l’idée d’une réalité factuelle contrastée — des assistants ayant effectivement travaillé parfois pour le parti — sans pour autant établir, selon elle, l’existence d’un mécanisme institutionnalisé et destiné au détournement de fonds publics.
La cour d’appel est désormais saisie de cette appréciation en droit et des faits. Les débats resteront focalisés sur l’interprétation des relations de travail entre députés, assistants et structures partisanes, ainsi que sur la portée des règles du Parlement européen à l’époque des faits.





