La parole est à la défense dans la dernière ligne droite du procès en appel des assistants parlementaires européens du Front national (FN), qui se tient depuis le 13 janvier devant la cour d’appel de Paris. Douze avocats prennent successivement la parole pour défendre autant de prévenus, tous mis en cause pour le même délit : le détournement de fonds publics du Parlement européen. Les interventions, parfois longues, doivent éviter la répétition des mêmes arguments pour l’ensemble des personnes concernées.
Une difficulté stratégique : éviter la redondance
La contrainte est autant procédurale que rhétorique. Pour les conseils, le risque est double : user l’attention de la cour en multipliant les plaidoiries et, surtout, se répéter sur des points déjà développés par des confrères. Les douze avocats, note-t-on, « cèdent souvent à la tentation de plaider une heure de trop ». Cette propension complique l’exercice collectif de la défense, qui doit pourtant adapter ses moyens à la situation individuelle de chaque prévenu tout en répondant aux mêmes pièces du dossier.
Organiser des plaidoiries distinctes et complémentaires est donc un enjeu central pour la stratégie de défense. Les avocats tendent à souligner les spécificités de chaque dossier personnel, à temporiser autour des éléments de preuve et à critiquer la cohérence des reconstitutions factuelles. Mais la répétition des arguments affaiblit parfois l’impact global des interventions, selon plusieurs observateurs présents à l’audience.
Les premiers arguments mis en avant par la défense
Mᵉ Robert Apéry a ouvert, mercredi 4 février, la série des plaidoiries en pointant ce qu’il a qualifié d’« incohérences du dossier ». Son propos a été centré sur la méthodologie et la lecture des pièces par la partie civile et le parquet général. Il a également évoqué, au-delà des éléments juridiques, une « campagne politique » dirigée contre les juges et les procédures, évoquant des insultes et des menaces de mort auxquelles s’ajoutent, selon lui, des messages plus diffus.
Mᵉ Apéry a mis en garde contre ce qu’il a appelé « un message subliminal à l’attention de la cour d’appel : ne serait-ce pas perçu comme une circonstance aggravante ? » Cette formule visait à alerter la cour sur les risques d’une lecture politisée de l’affaire, susceptible, selon l’avocat, d’influer sur l’appréciation des peines. Il a demandé à ce que la cour sépare strictement la dimension politique des débats de droit et d’éléments factuels présentés au dossier.
La réaction de la partie civile et le contexte politique invoqué
La veille de la plaidoirie de Mᵉ Apéry, Mᵉ Patrick Maisonneuve, avocat du Parlement européen — partie civile — avait exprimé son inquiétude face aux attaques répétées contre l’État de droit. Il a cité des personnalités publiques qui ont critiqué la justice : Marine Le Pen, Jordan Bardella, Nicolas Sarkozy. Il a aussi mentionné François Bayrou, « troublé » par des peines d’inéligibilité, ainsi que Jean‑Luc Mélenchon.
S’adressant à la cour avec un ton mêlé d’ironie, Mᵉ Maisonneuve a déclaré : « Je ne sais pas pourquoi ils sont préoccupés par le Parlement européen. » Cette remarque soulignait, selon lui, la portée médiatique de l’affaire et les débats politiques qu’elle suscite. Il a par ailleurs rappelé que des responsables du Modem et de La France insoumise sont, eux aussi, poursuivis pour des faits comparables, afin de relativiser la focalisation sur un seul camp politique.
La mention de ces noms et la mise en perspective des poursuites visent à défendre l’idée d’un traitement judiciaire égalitaire, indépendamment des appartenances politiques. La partie civile cherche, de son côté, à préserver la crédibilité et l’intégrité des institutions mises en cause par les détournements allégués.
À ce stade de l’audience, la défense poursuit ses plaidoiries en tentant de convaincre la cour d’appel de la faiblesse des preuves ou des contradictions du dossier, tandis que la partie civile maintient son exigence de réparation et de sanction proportionnée. Les débats, menés sur des thèmes juridiques et politiques, montrent la difficulté d’isoler la technique juridique des enjeux publics qui entourent l’affaire.




