L’ex-sénateur Joël Guerriau est jugé lundi 26 janvier 2026 et mardi 27 janvier 2026 devant le tribunal correctionnel de Paris, poursuivi pour avoir, selon l’accusation, drogué à l’ecstasy la députée Sandrine Josso en vue d’un viol. Affaire souvent présentée comme emblématique de la « soumission chimique », elle oppose la victime — engagée politiquement sur ce thème — à un prévenu qui conteste toute motivation sexuelle.
Le déroulé présumé de la soirée
Le soir du 14 novembre 2023, Sandrine Josso, 48 ans, se rend au domicile parisien de Joël Guerriau, alors sénateur de Loire-Atlantique âgé de 56 ans. Invitée pour célébrer la récente réélection du sénateur, elle découvre, vers 20 heures, qu’elle est la seule personne présente dans l’appartement du 6e arrondissement.
Selon le récit de la députée, Joël Guerriau prépare hors de sa vue des coupes de champagne dans la cuisine et lui en propose une. Après avoir bu quelques gorgées, elle note un goût étrange au palais. Le comportement du sénateur lui paraît inhabituel : il se montre pressant, la presse à boire et multiplie « tours de magie », en jouant notamment sur l’éclairage en coupant et rallumant le plafonnier.
Après une coupe et demie et la consommation de deux fajitas, Sandrine Josso ressent des symptômes qu’elle qualifie de « bizarres » : palpitations, bouffées de chaleur ou de froid, nausées et tremblements. Elle affirme avoir vu Joël Guerriau manipuler un sachet transparent puis le ranger dans un tiroir de la cuisine, ce qui la plonge dans la panique.
Prétextant devoir retourner à l’Assemblée nationale, la députée quitte précipitamment le domicile vers 22 heures. En grande détresse, parfois incapable de parler ou de tenir debout, elle demande à des collègues députés de venir la récupérer au Palais Bourbon. Transportée à l’hôpital, elle se voit pratiquer des analyses toxicologiques qui révèlent une forte concentration de MDMA dans le sang, mesurée à 388 nanogrammes par millilitre. Cette concentration, selon l’enquête, est « très nettement supérieure » à celle d’une prise récréative.
La défense du prévenu et les éléments d’instruction
Interpellé le lendemain des faits, Joël Guerriau nie avoir drogué Sandrine Josso dans le but de l’agresser. Il évoque un « acte d’inadvertance », expliquant qu’il s’était procuré de l’euphorisant pour sa propre consommation pendant une période de mal-être liée, dit-il, au décès de son chat, et qu’il aurait servi par erreur à son invitée un verre qu’il se destinait.
Lors de la perquisition, les enquêteurs ont saisi un sachet d’ecstasy de 30 grammes dans un tiroir de la cuisine. Les juges d’instruction ont retenu, malgré l’absence d’acte à caractère sexuel pendant la soirée, que le cadre du tête‑à‑tête était « à tout le moins intimiste » et que des recherches effectuées par le prévenu sur Internet, quelques semaines avant les faits, concernant la drogue et le viol justifiaient le renvoi pour tentative de viol par empoisonnement ou administration de substances nuisibles devant le tribunal.
Les avocats de Joël Guerriau, Maria Roumiantseva et Henri Carpentier, ont indiqué à l’Agence France‑Presse que leur client « réserv[ait] ses explications au tribunal ». L’ex-sénateur, qui a démissionné le 5 octobre du Palais du Luxembourg, encourt une peine maximale de cinq ans d’emprisonnement.
Répercussions et témoignages
Avant le procès, Sandrine Josso a fait part de l’impact profond de cet événement sur sa vie. Elle a déclaré à l’AFP : « Je ne suis pas au top de ma forme. J’ai l’air d’aller bien mais, à l’intérieur, je suis ravagée. »
Dans un entretien publié en mai 2025 par Le Monde, elle a expliqué que l’affaire lui avait fait prendre conscience de l’ampleur des violences sexuelles et du silence qui entoure parfois ces violences : « Beaucoup d’entre elles, dont des députées, m’ont confié qu’elles n’auraient pas pu en parler. Pour moi, il était naturel de le faire ; je suis câblée pour dire les choses. »
Affaire sensible et largement médiatisée, ce dossier illustre les débats autour de la « soumission chimique » et pose des questions sur les preuves scientifiques, la qualification des intentions et l’appréciation du contexte par les magistrats. Le procès, qui se déroule sur deux jours, doit permettre au tribunal de trancher sur la réalité des faits et sur l’intention reprochée au prévenu.





