Quand les prix à la pompe restent élevés, que se passe-t-il dans la tête des Français ?
Ils ne jugent pas seulement le coût du plein. Ils regardent aussi la capacité du pouvoir à encaisser le choc et à protéger leur budget. C’est là que la confiance présidentielle se fragilise.
Un retour au réel après l’emballement international
La cote de confiance d’Emmanuel Macron recule en avril après le sursaut observé le mois précédent. Selon le baromètre Elabe, elle s’établit à 23 %, soit deux points de moins. Un mois plus tôt, le chef de l’État avait progressé de 6 points, porté par la séquence internationale liée aux tensions au Moyen-Orient. Cet effet de conjoncture n’a pas duré.
Le mouvement s’explique, surtout, par le retour des préoccupations intérieures. La dette et le déficit publics reprennent le dessus dans l’opinion. En 2025, le déficit public s’est établi à 5,1 % du PIB, selon les chiffres désormais mis en avant par le gouvernement et l’Insee. La dette publique a, elle, atteint 115,6 % du PIB. Le budget pour 2026 vise un déficit ramené à 5 % du PIB. Mais pour beaucoup de Français, ces ordres de grandeur restent abstraits. Ce qu’ils voient, c’est le prix du carburant.
Sur ce point, la hausse à la pompe renvoie directement à la fiscalité. Les carburants sont soumis à l’accise et à la TVA. Le prix final dépend donc du cours du pétrole, des marges, mais aussi des taxes. En mars 2026, les prix moyens publiés par le ministère de la transition écologique montrent un gazole à 175,93 c€/l, un SP95-E10 à 198,49 c€/l et un SP98 à 201,74 c€/l. Le sujet reste donc très concret pour les ménages qui dépendent de leur voiture.
La dette, les taxes et l’effet « profiteur de crise »
Dans l’enquête, les Français ne reprochent pas seulement au président la hausse des carburants. Ils lui reprochent surtout de ne pas pouvoir répondre fortement. Le thème de la dette pèse ici lourd. L’idée qui remonte dans l’opinion est simple : l’État perçoit davantage via les taxes sur les carburants, mais il est trop endetté pour compenser la perte de pouvoir d’achat.
Ce cadrage politique n’est pas neutre. Il nourrit le discours de Marine Le Pen, qui dénonce un gouvernement « profiteur de crise ». Ce type d’accusation trouve un écho lorsque les prix augmentent, car les Français voient une double peine : payer plus cher leur trajet quotidien et ne pas percevoir de contrepartie immédiate. Dans le même temps, l’exécutif rappelle qu’un soutien massif coûte cher à des finances publiques déjà dégradées.
Le débat se déplace donc de la pompe vers le budget. Autrement dit, la question n’est pas seulement : faut-il faire baisser le prix du carburant ? Elle devient : qui paie l’addition, et avec quelles marges de manœuvre ? C’est là que la dette et le déficit entrent dans le champ politique, même s’ils paraissent éloignés du quotidien.
Un président plus contesté, un Premier ministre plus discret
La défiance envers Emmanuel Macron progresse. Selon Elabe, 73 % des Français déclarent ne pas lui faire confiance, dont 48 % « pas du tout ». C’est quatre points de plus en un mois. Ce niveau reste supérieur à celui observé à la veille de la dissolution de 2024. Le chef de l’État apparaît aussi, pour la première fois dans les verbatims de l’enquête, comme un président dont certains sondés disent qu’il faut passer à « l’après ».
Le phénomène touche aussi Sébastien Lecornu, mais plus faiblement. Sa cote de confiance recule d’un point à 24 %. Là encore, la mesure reste modeste, mais la défiance atteint 64 %. Le Premier ministre garde toutefois une image un peu moins dégradée que celle du chef de l’État. Il bénéficie d’une perception plus sobre, plus discrète. Mais ses soutiens ne voient pas encore d’effet tangible de son action à Matignon.
Le contraste est parlant. Emmanuel Macron cristallise la fatigue politique. Sébastien Lecornu, lui, incarne davantage l’attente de résultats. Le premier paie la fin de cycle. Le second paie l’absence de signal fort. Dans les deux cas, la crise des carburants agit comme un révélateur : elle rappelle que les Français jugent d’abord sur le pouvoir d’achat et la capacité à agir vite.
Ce qu’il faut surveiller dans les prochaines semaines
La suite dépendra de deux fronts. D’un côté, l’évolution des prix des carburants et des tensions au Moyen-Orient. De l’autre, la manière dont l’exécutif répondra à la pression sur le budget et la dette. Le premier comité d’alerte budgétaire doit se tenir le 21 avril 2026. Il servira de test politique. Car si les prix restent hauts et que les réponses tardent, la défiance pourrait encore s’installer.















