Quand un chantier coûte plus cher chaque semaine
Pour une commune qui lance des travaux, pour une entreprise qui pose des routes ou pour un chantier de terrassement, la vraie question est simple : comment signer aujourd’hui un marché si le prix du carburant peut exploser demain ? Depuis la hausse du gazole non routier, le secteur des travaux publics demande à l’État un geste clair sur les prix des marchés publics.
Un secteur très exposé aux variations de prix
Le sujet n’est pas nouveau. Les travaux publics fonctionnent avec des contrats passés à l’avance, souvent avec des marges serrées. Quand les coûts de production montent vite, l’équation devient fragile. C’est particulièrement vrai pour le gazole non routier, ou GNR, utilisé par les engins de chantier.
En France, l’État a déjà mis en place des dispositifs de soutien sur ce carburant pour plusieurs professions, dont le bâtiment et les travaux publics. Le ministère de l’Économie a aussi rappelé que les petites entreprises du BTP peuvent bénéficier d’une aide sur leur consommation de GNR. Parallèlement, la Fédération nationale des travaux publics a publié des travaux sur l’actualisation et la révision des prix de la commande publique, un sujet central dès que les coûts bougent fortement.
La demande des travaux publics
La Fédération nationale des travaux publics demande au gouvernement de réactiver une circulaire d’urgence adoptée pendant la pandémie. L’objectif est précis : permettre une révision plus souple des prix dans les marchés publics, afin d’absorber les surcoûts liés à la flambée du pétrole.
Selon le président de la fédération, Alain Grizaud, les entreprises du secteur ont déjà supporté, sur le seul mois de mars, un surcoût moyen de 30 000 euros. Il ajoute que 90 % d’entre elles sont des petites structures de moins de 50 salariés. Les terrassiers et les routiers, qui représentent environ un tiers de l’activité du BTP, sont en première ligne.
Le choc vient surtout du GNR. D’après les chiffres cités par le secteur, son prix a grimpé de 75 % en un mois, passant de 93 centimes hors taxes le litre à 1,63 euro. Pour des entreprises qui consomment beaucoup de carburant sur les chantiers, la hausse se répercute très vite sur les comptes.
Ce que changerait une révision plus souple
Dans les marchés publics, le prix est fixé à l’avance. C’est rassurant pour la collectivité qui commande les travaux. Mais quand une matière première ou un carburant s’envole, cette stabilité peut se retourner contre l’entreprise qui exécute le chantier. La révision des prix sert justement à ajuster le contrat quand les coûts de production dérapent.
Pendant la crise sanitaire, l’État avait déjà accepté des mesures exceptionnelles pour éviter que des marchés soient exécutés à perte. Réactiver une telle circulaire reviendrait à donner davantage de souplesse aux acheteurs publics et aux entreprises, dans un contexte de forte tension sur les coûts. Concrètement, cela limiterait le risque de voir des chantiers ralentir, être renégociés, voire abandonnés faute d’équilibre économique.
Cette demande touche aussi une autre réalité : le secteur des travaux publics dépend beaucoup des collectivités locales et de la commande publique. Quand les prix montent trop vite, les petites entreprises encaissent le choc avant les autres. Elles ont moins de trésorerie, moins de capacité d’absorption et moins de marge de négociation que les grands groupes.
Entre soutien ciblé et inquiétude sur les finances publiques
Le gouvernement a déjà choisi, sur d’autres secteurs, des aides ciblées pour amortir la hausse des carburants. Les transporteurs et les pêcheurs ont obtenu un remboursement de 20 centimes par litre. Les agriculteurs bénéficient, eux aussi, d’un soutien fiscal sur le GNR. Dans le bâtiment et les travaux publics, l’État a également mis en place un mécanisme d’aide pour les petites entreprises.
Mais la demande des travaux publics va plus loin. Elle ne vise pas seulement une aide ponctuelle sur le carburant. Elle cherche à modifier la manière dont les contrats publics absorbent les chocs de prix. C’est plus technique, mais aussi plus structurel.
Le débat est donc double. D’un côté, les entreprises veulent éviter de travailler à perte. De l’autre, l’État et les acheteurs publics doivent préserver la maîtrise de la dépense, car chaque adaptation de contrat pèse sur le budget final des collectivités et de l’État.
Ce qu’il faut surveiller
La suite se jouera sur deux fronts. D’abord, la réaction du gouvernement face à la demande de la FNTP. Ensuite, la manière dont les acheteurs publics appliqueront, ou non, des clauses de révision plus protectrices dans les contrats en cours et à venir.
Si les prix de l’énergie restent élevés, la pression restera forte sur les entreprises de travaux publics. Et si aucune souplesse n’est accordée, le risque est clair : davantage de tensions sur les trésoreries, surtout dans les petites structures qui vivent déjà au plus près des coûts.















