La présence française en Guyane interroge sa capacité à peser face à la nouvelle politique américaine en Amérique du Sud. Pour la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat, la France devra se doter de moyens sensiblement plus importants si elle entend jouer le rôle d’« un acteur régional clé ». Ce constat figure dans un rapport de mission rendu public mercredi 7 janvier, à Paris.
Un rapport sénatorial qui tire la sonnette d’alarme
Les sénateurs détaillent dans leur rapport plusieurs vulnérabilités et limites des dispositifs français en Guyane. Ils estiment que les moyens actuels — militaires, diplomatiques et économiques — ne suffisent pas pour assurer une influence durable sur le plateau des Guyanes, qui inclut le Guyana, le Suriname et la Guyane française.
Le document insiste sur la nécessité d’un renforcement global : présence opérationnelle accrue, coopération régionale approfondie et ressources consacrées à la sécurité des frontières. Sans ces ajustements, la France risque, selon la commission, de voir son rôle contrainte par des dynamiques régionales et par l’interventionnisme d’autres puissances.
Des facteurs géopolitiques préoccupants
Plusieurs évolutions expliquent la préoccupation des auteurs du rapport. D’une part, la réactivation symbolique de la doctrine Monroe — souvent invoquée pour justifier l’hégémonie américaine dans l’hémisphère — peut redessiner les marges d’action des pays tiers. D’autre part, l’émergence de nouveaux États pétroliers, notamment le Guyana et le Suriname, modifie l’équilibre stratégique du plateau des Guyanes en attirant des intérêts économiques et géopolitiques étrangers.
Cette combinaison alimente, selon le rapport, des risques de déstabilisation autour de la zone, où se croisent enjeux énergétiques, souveraineté territoriale et ambitions extérieures. La commission rappelle que la France, en tant qu’État européen présent sur le continent, doit anticiper ces interactions pour protéger ses intérêts et sa population locale.
Inquiétudes exprimées par les élus
Cédric Perrin, président de la commission et sénateur (Les Républicains) du Territoire de Belfort, a résumé l’état d’esprit des rapporteurs : « nous avons une très forte inquiétude. De quelles forces disposons-nous pour pouvoir exister ? Si demain la doctrine Monroe des Américains s’étend, tout est possible ». Cette mise en garde illustre la crainte de voir des agendas extérieurs réduire l’espace d’action français.
Le président de la commission a également évoqué, lors des discussions, des événements récents cités par les rapporteurs comme autant de signaux d’alerte. Parmi eux figurent des opérations et des déclarations internationales rapprochées — mentionnées dans le rapport — qui, selon les auteurs, renforcent l’urgence de renforcer la posture française en Guyane.
Le rapport sénatorial ne propose pas un inventaire exhaustif de mesures chiffrées dans le résumé rendu public, mais il appelle à des décisions politiques claires et rapides. Les préconisations portent sur l’augmentation des moyens opérationnels, la coordination avec les États voisins et le développement d’une stratégie régionale cohérente.
En filigrane, les sénateurs soulignent aussi l’importance d’une politique extérieure adaptée aux réalités locales, à la fois pour garantir la sécurité et pour consolider les relations économiques dans une zone en mutation. Leurs conclusions invitent à considérer la Guyane non pas comme un simple territoire d’outre-mer, mais comme un pivot stratégique susceptible d’influencer la posture française en Amérique du Sud.
Le débat sur les réponses à apporter devrait se poursuivre au sein des instances parlementaires et ministérielles, à la lumière des observations formulées dans ce rapport rendu public mercredi 7 janvier, à Paris.





