Le 22 janvier, l’Assemblée nationale a adopté une proposition de résolution présentée par le groupe Les Républicains (LR) visant à inscrire la mouvance des Frères musulmans sur la liste des organisations terroristes de l’Union européenne. Le texte a été adopté par 157 voix contre 101, mais il n’a « aucun caractère contraignant » pour le gouvernement ni pour les institutions européennes, comme le précisait déjà le contenu soumis au vote.
La résolution figurait en tête de la niche parlementaire du groupe LR et a provoqué près de cinq heures de débats. Longue et âpre, la séance n’a pas seulement porté sur le fond de la proposition : elle a surtout mis en lumière la férocité des affrontements politiques entre groupes parlementaires.
Des échanges virulents et des invectives
Le débat a été marqué par des attaques personnelles et des accusations multiples qui ont illustré l’extrême tension dans l’hémicycle. Les qualificatifs prononcés par des députés ont été nombreux : « complotistes », « fascistes », « racistes », « islamophobes », « parti de l’étranger », « antisémites », « suppôts du Hamas », pour ne citer que les plus saillants. Ces termes ont circulé au point d’éclipser, selon plusieurs observateurs présents, le propos initial du groupe LR.
La députée écologiste du Doubs, Dominique Voynet, a résumé le climat général du débat en parlant d’un « climat pas forcément digne ». Cette formule a été évoquée dans l’hémicycle pour dénoncer la tonalité des échanges et pour souligner la difficulté à maintenir un débat parlementaire apaisé sur un sujet aussi sensible.
Un enjeu symbolique plus que contraignant
La proposition adoptée reste, par sa nature, symbolique : elle ne modifie pas le droit national et ne peut contraindre l’Union européenne à inscrire une organisation sur sa liste des entités terroristes. En effet, la décision d’inscription au niveau européen relève des institutions de l’Union et suit une procédure distincte, non influencée juridiquement par une résolution non contraignante d’une assemblée nationale.
Pour autant, le vote représente un message politique clair de la part des parlementaires qui l’ont soutenu. Il témoigne d’une volonté de certains élus de qualifier et de stigmatiser publiquement une mouvance jugée problématique pour la sécurité ou l’ordre public, même si ce jugement n’emporte pas d’effet juridique automatique.
Deux visions de la société qui s’affrontent
Au-delà du point ponctuel sur la liste des organisations terroristes, le débat a mis en exergue deux visions profondément différentes de l’islam et de la laïcité dans la société française. D’un côté, des élus ont plaidé pour une fermeté symbolique et une clarification publique des positions idéologiques ; de l’autre, des parlementaires ont dénoncé ce qu’ils estiment être des amalgames, des stigmatisations ou des instrumentalisations politiques.
La combinaison d’un enjeu sensible et d’une confrontation politique exacerbée a rendu toute tentative de discussion sereine difficile. L’ampleur des invectives a en partie masqué les arguments factuels et juridiques qui pourraient éclairer le fond de la question, notamment les critères retenus pour qualifier une organisation d’« terroriste » et les conséquences pratiques d’une inscription au niveau européen.
Le résultat du vote — 157 voix pour, 101 contre — et la nature non contraignante de la résolution sont des éléments factuels qui résument l’issue de cette séance. Ils reflètent, à la fois, une majorité parlementaire prête à porter une position forte sur le plan politique et les limites de cette posture quand il s’agit d’engager des démarches juridiques ou internationales.
La séance du 22 janvier restera principalement comme le théâtre d’une confrontation politique intense, plus que comme l’instant d’un changement juridique immédiat. Elle illustre la difficulté, en période de forte polarisation, à traiter sereinement des sujets mêlant sécurité, religion et vie publique.





