Début décembre 2024, Emmanuel Macron aurait laissé entendre à son ministre des Armées qu’il était prêt à le pousser vers Matignon. Caché dans l’ombre politique depuis plusieurs mois, Sébastien Lecornu a finalement attendu que se produise l’événement déclencheur — la chute de François Bayrou — pour voir son nom arriver au premier plan.
Chronologie et basculement
La rupture est intervenue le 8 septembre 2025, date à laquelle François Bayrou a annoncé sa démission dans des conditions qualifiées par certains observateurs de spectaculaires. Le mouvement a ouvert la voie : Sébastien Lecornu a été nommé Premier ministre le 9 septembre 2025, soit «le lendemain» de la démission de Bayrou, selon le calendrier rapporté.
Ce calendrier ramène en lumière la préparation en coulisses qui a précédé la nomination. L’intervalle entre l’allusion de décembre 2024 et la prise de fonction de septembre 2025 souligne une stratégie présidentielle patiente, fondée sur l’attente d’un retournement interne au MoDem.
La stratégie affichée du nouveau gouvernement
À son arrivée à Matignon, Sébastien Lecornu a exprimé des leçons tirées de l’année écoulée : pour garantir la stabilité du prochain exécutif, il mise sur une alliance élargie du «socle commun» avec les socialistes et les écologistes. Cette coalition, estime-t-il, est la seule capable, en pratique, d’assurer la majorité nécessaire au Parlement.
Le projet repose sur une conviction politique précise : après avoir censuré deux Premiers ministres, les socialistes accepteront cette fois d’entrer en négociation. Selon les éléments transmis dans le texte d’origine, ni Michel Barnier ni le patron du MoDem n’ont su bâtir cette alliance auparavant, laissant une fenêtre politique que le nouveau chef du gouvernement tente d’investir.
Ce pari est résolument audacieux. Il suppose non seulement la volonté de compromis des partenaires de gauche, mais aussi une capacité à traduire ces accords en cohérence gouvernementale, condition sine qua non pour éviter les fractures internes et parlementaires.
Oppositions, mobilisations et risques économiques
La manœuvre suscite des inquiétudes. Plusieurs responsables de l’opposition et une partie du camp présidentiel y voient l’expression d’une volonté de gouverner «par procuration», imputée à Emmanuel Macron. Ils redoutent que la nouvelle configuration n’accentue le sentiment d’un pouvoir détaché de rapports politiques directs avec ses partenaires.
Sur le terrain social, le mouvement «Bloquons tout» menace de tenter de paralyser le pays si la contestation politique s’intensifie. Les syndicats, vivement opposés au plan budgétaire porté par François Bayrou avant sa démission, projettent de manifester de façon répétée — le texte rapporte qu’ils envisagent de défiler «jusqu’à l’abdication de l’exécutif», formulation à rapprocher des revendications fortes exprimées par certains acteurs syndicaux.
Parallèlement, l’exécutif doit composer avec une situation budgétaire tendue. Les finances publiques sont décrites comme «dans le rouge» et l’agence américaine Fitch a abaissé la note souveraine de la France, un signal de tension sur la confiance des marchés et sur le coût potentiel du refinancement de la dette.
Face à ces risques cumulés, Sébastien Lecornu a résumé la précarité de la situation par cette formule : «On marche sur une couche de glace pas très épaisse». La métaphore traduit la conscience, au sommet de l’État, du fragile équilibre politique et économique à préserver.
Le nouveau gouvernement hérite donc d’un double défi : construire une majorité durable autour d’un socle élargi et contenir une contestation sociale susceptible d’affecter la vie économique et politique du pays. Les prochaines semaines seront déterminantes pour mesurer la solidité du pari engagé à Matignon et la capacité des acteurs politiques à transformer des négociations en résultats tangibles.





