Le Premier ministre a détaillé devant l’Assemblée nationale un important volet de renforcement des capacités de défense et d’approvisionnement en munitions, dans le cadre d’un débat consacré à la guerre au Moyen-Orient. Il a notamment annoncé un effort financier supplémentaire et la création d’une structure publique-privée destinée à sécuriser l’approvisionnement des armées françaises et, le cas échéant, de partenaires et clients à l’export.
Un effort budgétaire supplémentaire de grande ampleur
« Si nous voulons être indépendants, nous devons nous défendre nous‑mêmes », a déclaré le Premier ministre lors de son intervention à l’Assemblée nationale le mercredi 25 mars. Pour répondre à cette ambition, il a annoncé la mobilisation de 8,5 milliards d’euros supplémentaires, somme qui s’ajoute aux 16 milliards votés en 2023.
Le chef du gouvernement a qualifié cet investissement d’« indispensable » et de « colossal », soulignant l’ampleur du chantier. Outre le volet purement financier lié aux achats de munitions, il a annoncé un plan de soutien de 300 millions d’euros destiné à l’industrie « duale » — c’est‑à‑dire les entreprises opérant à la fois dans les secteurs civil et militaire — afin d’encourager la montée en capacité industrielle et la résilience des chaînes de production.
Présentation de « France Munitions », un grossiste national
Parmi les mesures annoncées figure la création d’une plateforme baptisée « France Munitions ». Le Premier ministre a présenté cette entité comme « un grossiste de munitions » chargé de répondre aux besoins des forces armées françaises, mais aussi de servir des pays alliés et des clients à l’export.
Cette structure sera financée « à la fois par l’État et par des investisseurs privés », a‑t‑il précisé. Selon l’exposé, France Munitions aura pour vocation de centraliser et d’optimiser les commandes, de sécuriser les approvisionnements et de faciliter les livraisons, afin de faire face à la montée des demandes liée aux évolutions récentes des conflits et à l’utilisation accrue de moyens comme les drones.
Révision de la loi de programmation militaire et nouveau régime
Le Premier ministre a par ailleurs appelé à « accélérer l’examen de la loi de programmation militaire et sa mise à jour ». Il a indiqué que ce texte serait présenté en Conseil des ministres le 8 avril, puis inscrit à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale la semaine du 4 mai et au Sénat à partir du 1er juin.
Cette actualisation de la LPM prévoit l’instauration d’un « nouveau régime d’état d’alerte de sécurité nationale ». Le gouvernement explique que ce dispositif permettra, en cas de menaces et lorsque les circonstances l’exigent, d’adapter temporairement certaines règles pour accélérer les décisions, simplifier les procédures et lever les blocages qui ralentissent aujourd’hui la conduite des projets stratégiques.
Matignon a détaillé les possibilités prévues par ce régime d’application exceptionnelle du code de la défense : dérogations temporaires aux normes, renforcement du périmètre de sécurité des sites sensibles, facilitation de l’entreposage de munitions et de carburants, voire mesures visant à faciliter le déploiement des forces armées sur le territoire en cas de menace grave.
Ces annonces s’inscrivent dans un contexte où le gouvernement appelle à repenser « toute notre conception de l’armement » face aux nouveaux visages de la guerre, notamment l’utilisation accrue de drones et d’autres systèmes autonomes, qui modifient les besoins opérationnels et logistiques des forces.
Le Premier ministre a insisté sur le rôle actif de l’État : « Le rôle du gouvernement n’est pas de commenter le chaos du monde, il est d’agir. Oui, cette crise nous concerne directement », a‑t‑il affirmé, positionnant ces mesures comme une réponse pragmatique aux tensions internationales et à la nécessité de garantir la souveraineté industrielle et opérationnelle.















