Pas de grande réforme immédiate, mais une succession de mesures progressives pour tenir jusqu’à mai 2027. Une semaine après l’adoption du budget 2026 au Parlement, le premier ministre Sébastien Lecornu a exposé, dimanche 8 février, dans la presse régionale les principaux chantiers qu’il entend conduire d’ici la fin de la législature.
Un bilan de cinq mois et une feuille de route prudente
Revenant sur les cinq premiers mois de son mandat, M. Lecornu a estimé avoir « loyalement (…) fait son devoir » et avoir montré qu’« il existe bien une majorité pour voter des textes de compromis ». Il a cependant reconnu la fragilité persistante de sa position, qu’il a qualifiée lui‑même de « fragile ».
Plutôt que d’annoncer une refonte ambitieuse, le chef du gouvernement présente son action comme tournée vers l’utilité immédiate : des réformes limitées et des mesures sectorielles visant à maintenir l’exécutif en capacité d’agir jusqu’à la présidentielle de mai 2027. Ce cadrage sert aussi à montrer que sa « mission » à Matignon ne se limite pas à la préparation et au vote du budget.
Le recours au 49.3 et la promesse d’une plus grande concertation
M. Lecornu a reconnu avoir eu recours « à regret » à l’article 49 alinéa 3 de la Constitution pour permettre l’adoption du budget 2026. Il a jugé que cet épisode pourrait laisser une empreinte politique en incitant, selon ses mots, « celles et ceux qui gouverneront après moi, y compris avec des majorités solides, [à être] contraints à davantage de concertation ». Le premier ministre a ajouté : « Il n’y aura plus, prédit‑il, de 49.3 ‘de facilité’ ».
Par ces déclarations, il cherche à justifier le geste constitutionnel tout en promettant une orientation plus dialoguée de l’action publique. Il se positionne ainsi comme un exécutif soucieux d’éviter la méthode d’exception comme règle de gouvernance.
Un contexte politique serré
Les annonces de M. Lecornu interviennent dans un climat politique tendu, marqué par des doutes exprimés publiquement sur la capacité du gouvernement à conduire des décisions majeures d’ici à la prochaine élection présidentielle. Le 1er janvier, l’ancien chef du gouvernement Édouard Philippe avait ainsi déclaré que « plus rien de décisif ne se produira dans le pays d’ici à la prochaine élection présidentielle ». En répondant par des mesures jugées modestes mais continues, le premier ministre entend, selon lui, contrecarrer cette lecture.
La stratégie affichée consiste à multiplier les « petits pas » gouvernementaux plutôt qu’à tenter une réforme de rupture. Ce choix traduit une volonté de maintenir la stabilité politique et de préserver une majorité capable d’adopter des textes, même de compromis, plutôt que de chercher des majorités larges et durables immédiatement.
Dans ses propos, M. Lecornu insiste sur la nécessité d’un travail parlementaire plus soutenu et d’une recherche d’accords. Il a présenté le vote du budget comme une preuve que la majorité peut, malgré ses limites, adopter des textes en négociant.
Ce que cela implique pour la suite
Concrètement, la méthode annoncée laisse prévoir des chantiers circonscrits et une gouvernance pragmatique, axée sur l’application des textes votés et la préparation opérationnelle de mesures sectorielles. Le choix de ne pas formuler d’ambitieux paquets de réformes nationales est cohérent avec l’objectif affiché : assurer la continuité de l’action publique jusqu’à la présidentielle de mai 2027.
Sans annoncer de calendrier précis pour les projets évoqués dans la presse régionale, le premier ministre met l’accent sur la concertation et le compromis comme instruments de gouvernement. Reste à voir si cette stratégie permettra d’installer une dynamique suffisante pour faire avancer des dossiers structurants avant la fin de la législature.
Les prochains mois permettront d’évaluer si la méthode des « petits pas » suffira à répondre aux attentes politiques et sociales, ou si la situation conduira à des tensions renouvelées au sein de la majorité.





