SNANC retardée et retrait de l’objectif sur les aliments ultratransformés : la saga alimentation-climat révèle tensions ministérielles et influence des lobbys

Share This Article:

La Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat (Snanc), promise par la loi Climat 2021, enchaîne reports et annonces avortées, révélant tensions ministérielles et pressions des industries agroalimentaires. Le retrait récent d’un objectif ciblant les aliments ultratransformés — publié au lendemain d’alertes scientifiques dans The Lancet — relance le débat sur la santé publique, les définitions réglementaires et l’influence économique.

La genèse de la stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat (Snanc) se déroule comme une série d’annonces avortées, au point que sa simple évocation suscite aujourd’hui ironie et scepticisme chez des journalistes spécialisés.

Une stratégie attendue mais sans cesse repoussée

La loi climat de 2021 prévoyait que la Snanc soit publiée au plus tard le 1er juillet 2023, afin d’orienter les politiques publiques sur l’alimentation, la nutrition et la lutte contre le réchauffement. Depuis cette date butoir, le texte a été régulièrement annoncé par des gouvernements successifs, sans jamais parvenir à voir le jour.

Selon le récit communément rapporté, son élaboration a été prise dans des conflits administratifs où, jusqu’à présent, les exigences de l’industrie agroalimentaire auraient fréquemment primé sur l’intérêt général. Cette opposition récurrente explique les reports répétés et alimente la défiance d’une partie de l’opinion publique et des médias spécialisés.

Un épisode récent crispant

Le dernier épisode en date a intensifié le caractère rocambolesque de la saga. Jeudi 27 novembre, un briefing téléphonique a été accordé aux journalistes et un déplacement conjoint de trois ministres — agriculture, écologie et santé — a été annoncé pour le lendemain à midi afin de présenter la Snanc. Quelques heures plus tard, ce déplacement a été annulé sans explication publique.

Le lendemain matin, la cellule investigation de Radio France a révélé que le projet de texte envisagé par le gouvernement avait été expurgé d’un objectif visant à « limiter les aliments ultratransformés ». Cette suppression aurait été demandée de longue date par l’Association nationale des industries agroalimentaires (ANIA), selon les informations rapportées.

La disparition de cet objectif intervient seulement quelques jours après la publication, dans la revue The Lancet, d’une série d’articles de recherche. Une quarantaine de chercheurs internationaux y enjoignent les pouvoirs publics d’agir fermement contre l’alimentation ultratransformée, mise en cause dans « l’escalade du fardeau des maladies chroniques », formule reprise par les auteurs.

Face à la controverse, un représentant du ministère de l’Agriculture a expliqué que « le terme d’aliment ultratransformé ne dispose actuellement pas de définition, ni scientifique ni réglementaire. » Cette explication correspond, selon le compte rendu des événements, aux arguments avancés par l’ANIA.

Conséquences et questions soulevées

La suppression d’un objectif explicite visant les aliments ultratransformés pose plusieurs questions d’ordre politique et sanitaire. D’un point de vue sanitaire, la parution simultanée d’articles scientifiques alertant sur le rôle de ces produits dans la progression des maladies chroniques rend le retrait d’un objectif ciblé particulièrement sensible.

Sur le plan institutionnel, l’affaire met en lumière les difficultés de coordination entre ministères et la pression d’acteurs économiques sur l’élaboration des politiques publiques. Le contraste entre la demande de la communauté scientifique et la position défendue par certains acteurs industriels souligne les arbitrages complexes auxquels est confronté l’État dans ce dossier.

Enfin, l’argument de l’absence de définition réglementaire pour les « aliments ultratransformés » — tel que formulé par le ministère — illustre une difficulté technique réelle : sans définition partagée, il est ardu d’inscrire un objectif précis et opérationnel dans un texte de politique publique. Cette imprécision terminologique alimente toutefois les débats, car elle peut servir de prétexte au retrait d’objectifs contraignants.

À ce stade, la Snanc demeure donc une promesse de politique publique répétée et différée. Les annonces successives, suivies d’ajournements ou d’aménagements, contribuent à un climat d’incertitude autour d’un document qui devait encadrer des choix ayant des implications sanitaires et climatiques.

La stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat reste ainsi, pour l’heure, dans l’attente d’un texte définitivement arrêté et rendu public.

Parlons Politique

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Subscribe To Our Newsletter

No spam, notifications only about new products, updates.

[contact-form-7 id="b565394" title="Untitled"]

L’actu politique, sans détour

En bref

Parlons Politique décrypte l’actualité française et internationale avec clarté et précision en utilisant l’IA.

Analyses, débats et enquêtes : notre rédaction s’engage à vous offrir une information fiable, accessible à tous et sans détour.

© 2025 Parlons Politique