« Make Agriculture Great Again. » C’est sous cette formule que s’est tenu, lundi 2 février, un rassemblement au Sénat organisé par l’Observatoire du déclin agricole et pour l’autosuffisance. Parlementaires, communicants, acteurs du monde agricole et la ministre Annie Genevard étaient présents, selon le communiqué des organisateurs.
Un manifeste pour la reconquête de l’autosuffisance
Les organisateurs ont présenté l’événement comme une étape de « la reconquête durable de l’autosuffisance alimentaire » et un retour au verbe « produire ». Le communiqué invitait à lutter « contre les normes et la concurrence déloyale » pour favoriser une production nationale plus robuste.
Plusieurs orateurs ont insisté sur la nécessité de protéger les filières locales face à des importations qui, selon eux, bénéficient de normes sociales, sanitaires et environnementales plus laxistes. Sur ce point, le discours trouve un écho auprès d’une large part du monde agricole et d’une partie de l’opinion publique qui défend la préférence pour des produits soumis à des exigences réglementaires plus strictes.
Consensus et points de rupture
Certains objectifs avancés lors de la réunion sont largement partagés : la volonté de garantir des conditions de concurrence équitables et la préservation d’une capacité productive nationale. Ces priorités rencontrent un terrain commun entre agriculteurs, élus locaux et consommateurs inquiets de la sécurité alimentaire.
Cependant, d’autres revendications rencontrent des réalités incontestables auxquelles il faudra répondre explicitement. Le texte des organisateurs et les interventions relayent une inquiétude profonde face à la perte supposée d’un « âge d’or » agricole, mais la poursuite d’un modèle productiviste ancien se heurterait, selon des constats répandus, à des problèmes environnementaux et sanitaires majeurs : écroulement de la biodiversité, pollution quasi généralisée de l’eau potable par les intrants et les effluents agricoles, dégradation de la qualité des sols et aridification de certains territoires, ainsi que progression de maladies chroniques.
Plusieurs intervenants ont rappelé que continuer « comme avant » risquerait d’aggraver ces dégâts, rendant la question de la production agricole indissociable des impératifs de restauration écologique, de qualité des ressources en eau et de santé publique. Sur ces sujets, les débats montrent une fracture entre solutions axées sur l’intensification et celles privilégiant la transition agroécologique.
Résonances politiques et rhétorique
Le rassemblement a également donné lieu à des comparaisons avec des mouvements politiques étrangers. Le slogan « Make Agriculture Great Again » évoque ouvertement une parenté rhétorique avec le « Make America Great Again » de Donald Trump. Les organisateurs et certains participants ont cherché à mobiliser l’idée d’un passé à reconquérir, plaidoyer identitaire qui se combine à une critique des prescripteurs de normes.
Une autre analogie évoquée durant l’événement, et reprise dans le communiqué, fait référence au cri de ralliement « Drill, baby, drill ! » des partisans d’une exploitation pétrolière intensive aux États-Unis. L’analogie vise à souligner la similarité de style : une proclamation d’exploitation accrue — ici agricole plutôt que pétrolière — portée par une rhétorique volontariste et parfois en décalage avec les données scientifiques actuelles.
Les critiques avancent que ce type de discours peut instrumentaliser la détresse économique et sociale d’un groupe professionnel au profit d’intérêts particuliers, et structurer une opposition polarisée du type « eux contre nous » (écologistes contre producteurs, urbains contre ruraux). Ces mécanismes rhétoriques ont été pointés comme facteurs de division au sein du débat public.
Le rassemblement du 2 février illustre à la fois l’ampleur des attentes du monde agricole et la difficulté à concilier ambition productive et contraintes environnementales et sanitaires. Les propos tenus au Sénat soulignent l’urgence ressentie par certains acteurs de réviser les règles du jeu économique ; ils posent en filigrane la question des choix politiques et techniques qui permettront, ou non, d’articuler souveraineté alimentaire et durabilité.





