Le procès en appel de l’affaire du financement libyen de la campagne présidentielle de 2007 s’est ouvert le 16 mars 2026 devant la première chambre de la Cour d’appel de Paris. L’audience, qui doit se tenir jusqu’au 3 juin, oppose Nicolas Sarkozy et plusieurs de ses anciens collaborateurs aux réquisitions et aux conclusions rendues en première instance par le tribunal correctionnel de Paris.
Procès en appel à Paris
La procédure en appel intervient après une décision très lourde du tribunal correctionnel, rendue le 25 septembre 2025. Nicolas Sarkozy avait alors été reconnu coupable d’association de malfaiteurs et condamné à cinq ans d’emprisonnement, dont une exécution provisoire, assortie d’une amende de 100 000 euros, d’une interdiction d’exercer une fonction publique et d’une inéligibilité pour une durée de cinq ans.
Ces éléments restent au cœur du débat d’appel : les juges de la Cour d’appel doivent réexaminer l’ensemble des éléments qui ont conduit à retenir l’existence d’une association de malfaiteurs visant, selon le tribunal, à obtenir des soutiens financiers en Libye pour la campagne de 2007.
Les faits reprochés et la ligne de défense
Au centre du dossier figure l’accusation d’un financement occulte par la Libye de Mouammar Kadhafi. Après dix ans d’enquête, les magistrats ont estimé qu’un « faisceau d’indices » démontrait l’existence de démarches menées par des proches de Nicolas Sarkozy auprès d’autorités libyennes à la fin de 2005 et au début de 2006.
Le tribunal a toutefois relaxé l’ancien président des chefs de corruption, de recel de détournement de fonds publics et de financement illégal de campagne, estimant que la preuve d’un transfert final des fonds dans les caisses de la campagne n’était pas établie de manière certaine. En droit, la préparation d’un projet criminel a néanmoins suffi à caractériser l’association de malfaiteurs.
Nicolas Sarkozy nie formellement les accusations et a plaidé, tout au long de la procédure, la thèse du « complot ». Sa défense conteste la réalité d’un pacte de corruption et conteste les liens directs entre les flux suspectés et la campagne électorale.
Autres prévenus et sanctions prononcées en première instance
Outre Nicolas Sarkozy, plusieurs personnalités ont été condamnées en première instance. Claude Guéant a écopé de six ans de prison et d’une amende de 250 000 euros pour un ensemble de faits (corruption, trafic d’influence, faux, etc.), Brice Hortefeux a été condamné à deux ans de prison aménageable et une amende de 50 000 euros, tandis qu’Alexandre Djouhri a reçu une peine de six ans et une amende de 3 millions d’euros.
Eric Woerth, trésorier de la campagne de 2007, avait été relaxé en première instance mais cette relaxe a fait l’objet d’un appel du parquet national financier. D’autres protagonistes ont vu l’action publique éteinte pour différentes raisons, ou ont été frappés par des décisions pénales indépendantes. Le nom de Ziad Takieddine, qui affirmait avoir remis plusieurs millions, a été évoqué durant les débats ; il est décédé le 23 septembre 2025.
Les éléments retenus par le tribunal
La présidente du tribunal, Nathalie Gavarino, avait jugé les faits « d’une gravité exceptionnelle » et estimé que, de 2005 à mai 2007, l’ancien ministre puis candidat avait « laissé ses proches » mener des démarches destinées à obtenir un financement libyen. Le jugement de première instance, long de plusieurs centaines de pages, souligne l’existence de rencontres secrètes et de montages financiers impliquant des intermédiaires et des acteurs bancaires.
Les juges ont également relevé des contreparties potentielles : une réhabilitation diplomatique de la Libye et la signature de contrats économiques, ainsi qu’une intervention sur des dossiers judiciaires, notamment concernant Abdallah Senoussi, ancien responsable des services libyens.
Enjeux politiques et judiciaires
Ce dossier combine une dimension pénale et un enjeu politique fort : il met en jeu la responsabilité d’un ancien chef de l’État et interroge la manière dont des campagnes présidentielles peuvent être financées. L’incarcération de Nicolas Sarkozy à la prison de la Santé, le 21 octobre 2025, pour une période de trois semaines, a marqué un épisode inédit et a contribué à la forte médiatisation de l’affaire.
La Cour d’appel doit désormais trancher sur la confirmation, la réduction ou l’annulation des condamnations prononcées en première instance. Le calendrier de l’audience, qui s’étend jusqu’au 3 juin 2026, laisse le temps d’un examen approfondi des pièces et des témoignages, dans un dossier où les éléments financiers et les témoignages d’intermédiaires sont centraux.















