La campagne municipale vient à peine de s’achever et la présidentielle se profile déjà, dans treize petits mois. Les résultats locaux, sans vainqueur hégémonique, ont laissé un paysage politique fragmenté : la gauche l’a emporté à Paris, Marseille et Lyon, Les Républicains ont engrangé des mairies comme Clermont-Ferrand et Limoges, tandis que le Rassemblement national a remporté quelques villes, notamment Carcassonne et Menton.
Un paysage politique contrasté et des enseignements divergents
Ces résultats alimentent les lectures opposées. Certains progressent en pesant sur la compétition nationale : la présence de listes de gauche victorieuses sans alliance entre socialistes et insoumis à Paris ou Marseille contraste avec des défaites locales où ces rapprochements avaient été tentés, comme à Toulouse. Ces succès et revers servent d’arguments aux critiques de La France insoumise, déterminés à tirer une leçon pour 2027.
Parmi les réactions les plus marquantes, François Hollande — redevenu député en 2024 — a déclaré, 24 heures après le second tour sur France 2, qu’il « y aurait une candidature de gauche réformiste ». Sa sortie suit la défaite, symbolique pour lui, de Bernard Poignant à Tulle (Corrèze), ancienne mairie dirigée par Hollande dans les années 2000.
« Il faut qu’il y ait une candidature socialiste, sociale-démocrate, comme on voudra, c’est-à-dire avec le PS, avec Place publique, avec la Convention (le mouvement de Bernard Cazeneuve), avec la société civile », a insisté l’ancien président, sans préciser s’il pourrait être candidat lui-même. Dans les rangs socialistes, la réaction est partagée : « C’est bien le problème, tout le monde a envie d’y aller mais personne ne veut se mettre une cible dans le dos », confie un ténor du PS, peu enthousiaste face à la posture de Hollande. Le premier secrétaire Olivier Faure, qui a soutenu des alliances locales, était attendu au tournant lors d’un bureau national pour clarifier la stratégie avant la présidentielle.
Vers une candidature unique du bloc central ?
La plus vive agitation se situe à droite et au centre. Dans le camp présidentiel, la crainte d’un duel Jean‑Luc Mélenchon versus une candidate ou un candidat d’extrême droite — face à la progression du RN et aux bons scores des insoumis au premier tour dans plusieurs métropoles — ravive l’idée d’une candidature unique pour le « bloc commun » rassemblant LR, Renaissance et Horizons.
Parmi les prétendants potentiels, Gabriel Attal, président des députés Renaissance, a annoncé vouloir « proposer une méthode de rassemblement » après les municipales. Son camp met en avant des résultats locaux favorables, comme Annecy et Bordeaux, qui lui donnent un relatif élan. Mais certains observateurs doutent de l’efficacité d’un tel rassemblement : « Le but est assez clair quand même : avoir une seule candidature pour éviter qu’on ait cinq candidatures qui font 7% au lieu d’une seule qui fait 35% », reconnaît une ancienne ministre LR, tout en doutant de la faisabilité.
La difficulté majeure tient aux ego et aux ambitions personnelles. David Lisnard, Xavier Bertrand, Laurent Wauquiez, Gabriel Attal, Édouard Philippe et d’autres figurent parmi les noms avancés. « La politique, ce n’est quand même pas vraiment un monde où les egos s’effacent », note un député Modem. À Lyon et à Paris, l’union droite-centre n’a d’ailleurs pas suffi pour l’emporter, ce qui relativise aussi l’argument d’une alliance automatique gagnante.
Méthodes de désignation et divisions internes
Plusieurs scénarios sont aujourd’hui à l’étude : une primaire LR interne, une primaire ouverte aux sympathisants, ou la désignation directe par la direction du parti. Le président de LR Bruno Retailleau, déjà entré en campagne, a exprimé ses réserves, dénonçant le risque d’une « synthèse molle » si la coalition prime sur un projet clair. Lors d’un bureau politique, trois options ont été validées pour choisir le candidat LR : primaire adhérents, primaire ouverte ou choix du président du parti.
Des voix poussent néanmoins à forcer la main aux récalcitrants. Une tribune, impliquant la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon et le député LR Antoine Vermorel, visant à appeler à une candidature unique du bloc commun, a été évoquée par L’Opinion. Yaël Braun‑Pivet suggère d’élargir « le périmètre du candidat commun » à la « sociale‑démocratie », et Gérald Darmanin a réclamé « un seul candidat de la droite et du centre » et « peut‑être même de la gauche républicaine qui refuse la France insoumise ».
Pour certains responsables, le calendrier est contraignant. « Si ce n’est pas décidé avant l’été, il n’y aura jamais aucune candidature commune. En septembre, la campagne présidentielle commence et ce sera trop tard », tranche un ancien conseiller ministériel. Édouard Philippe, qui avait dit ne pas voir « d’espace pour cette primaire » sur France inter, devrait préciser sa position lors d’une intervention prévue sur TF1.
Au moment où les acteurs réorganisent leurs forces, la tension entre volonté d’unité et intérêts individuels reste au cœur des discussions. Le résultat de ces manœuvres déterminera en grande partie la configuration de la présidentielle dans treize mois.





