Depuis l’automne 2025, le marché du livre politique en France montre une dynamique marquée: plusieurs ouvrages penchés à droite — et souvent vers l’extrême droite — enregistrent des ventes exceptionnellement élevées et alimentent un débat qui dépasse les seules librairies. Ces livres, articulés autour de thèmes identitaires et souverainistes, apparaissent comme des marqueurs des affrontements politiques à venir, notamment les élections municipales de mars 2026 et la présidentielle de 2027.
Des ventes hors norme pour le genre
La situation est singulière: vendre 10 000 exemplaires est déjà perçu comme une performance, et pourtant une dizaine d’ouvrages très droitiers ont atteint des chiffres qualifiés de « faramineux » par certains observateurs. Selon l’institut Edistat, ces succès se sont multipliés depuis l’automne 2025.
Parmi les cas les plus visibles, Le Journal d’un prisonnier, de Nicolas Sarkozy, approche les 200 000 ventes. Jordan Bardella a, lui, publié deux livres en deux ans qui se sont vendus à environ 320 000 exemplaires au total. Les deux derniers essais de Philippe de Villiers, Populicide et Mémoricide, cumuleraient plus de 400 000 exemplaires vendus.
Éric Zemmour, dont les records antérieurs sont plus élevés, a vendu environ 70 000 exemplaires pour son dernier opus, La messe n’est pas dite. Ces chiffres témoignent d’une forte appétence pour ce type de production éditoriale, même si l’intensité varie selon les auteurs.
Les thèmes porteurs et leur contexte politique
Les ouvrages cités partagent des ressorts thématiques similaires: la question identitaire, le discours souverainiste et le sentiment d’un déclin national. Ils combinent souvent une lecture alarmiste du présent et des propositions politiques orientées vers la préservation ou la restauration d’un ordre jugé menacé.
Ce message trouve une résonance dans un contexte politique tendu: les municipales de mars 2026 constituent un premier jalon électoral important, tandis que la présidentielle de 2027 reste déjà au centre des stratégies des formations et des personnalités politiques. Les livres servent de tribunes pour exposer des diagnostics et préparer des cadres de mobilisation.
Auteurs et sorties récentes
Plusieurs personnalités publiques ont adopté le livre comme vecteur de visibilité et d’influence. Philippe de Villiers, productif depuis plus d’une décennie, a signé une quinzaine d’essais en treize ans, dont les derniers titres cités plus haut. Le général Pierre de Villiers, comme son frère, a publié plusieurs ouvrages à succès — cinq en huit ans selon le bilan évoqué.
D’autres noms apparaissent dans le paysage éditorial récent: l’avocat Gilles-William Goldnadel avec Vol au-dessus d’un nid de cocus (2025) et la journaliste Sonia Mabrouk avec Et si demain tout s’inversait (2024). En janvier, deux essais ont été mis en avant: Nous vivons côte à côte, d’Alexandre Devecchio (journaliste au Figaro), qui questionne le modèle d’intégration, et Vers un Trump français ?, de Nicolas Conquer.
Enfin, la parution annoncée le 28 janvier d’un essai de Marion Maréchal, présenté comme une prise de position affirmée et une réappropriation symbolique de l’héritage familial — en référence à Jean‑Marie Le Pen — a été largement commentée dans les milieux politiques et médiatiques.
Réactions et enjeux
Face à cette flambée éditoriale, des commentateurs appellent à ne pas surestimer le phénomène; d’autres estiment au contraire qu’il mérite d’être pris au sérieux, tant par les acteurs politiques que par les observateurs. L’objet littéraire y joue un double rôle: produire un discours et mesurer son audience.
Plus généralement, ces succès éditoriaux posent des questions sur la mise en scène des idées politiques et sur la manière dont les librairies et les médias contribuent à amplifier certains messages. Les chiffres cités, fournis par l’institut Edistat et repris par les observateurs, confirment cependant une réalité tangible: un segment du marché du livre politique rencontre un public large et visible depuis l’automne 2025.
Sans présager de l’impact électoral exact de ces publications, leur circulation et leur réception resteront un indicateur à suivre dans les prochains mois, alors que se profilent les échéances municipales de mars 2026 et la campagne présidentielle de 2027.





