Bruno Retailleau affirme qu’un foyer toucherait 1,7 SMIC sans travailler : l’OFCE et des économistes démontrent que ce calcul agrège aides et surestime le gain réel

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Bruno Retailleau affirme qu’un foyer pourrait percevoir « 1,7 SMIC sans travailler », mais des travaux récents de l’OFCE et des critiques méthodologiques montrent que ce calcul agrège aide monétaires et en nature de façon contestable. Une fois les pertes d’aides, les prestations familiales et l’ajustement par unité de consommation pris en compte, travailler au SMIC reste généralement plus rémunérateur et le « 1,7 SMIC » surestime le gain réel.

Un slogan de campagne et un chiffre contesté

« Encourager le travail, décourager l’assistanat » : c’est le message mis en avant par Bruno Retailleau dans un programme présenté le 7 janvier, intitulé « travail gagnant ». Le président des Républicains (LR) y dénonce ce qu’il appelle le discours des « illusionnistes du social-étatisme », qui, selon lui, rendrait plus avantageux de percevoir des aides que de reprendre une activité professionnelle.

Pour étayer sa démonstration, M. Retailleau a affirmé sur France Inter le 8 janvier qu’il serait possible, dans le système actuel, de percevoir « 1,7 SMIC sans travailler ». Ce chiffre sert de point d’appui à sa critique des politiques sociales et à sa campagne en vue de la présidentielle 2027.

Les études récentes montrent le contraire

Plusieurs travaux économiques récents contredisent toutefois l’idée selon laquelle les aides sociales encourageraient massivement l’inactivité. Un document de travail publié en décembre 2025 par l’Observatoire français de la conjoncture économique (OFCE), institut de recherche rattaché à Sciences Po, conclut que « travailler, même au SMIC, est toujours plus rémunérateur » que de vivre du RSA et des aides sociales, toutes choses égales par ailleurs.

Les auteurs, Guillaume Allègre et Muriel Pucci, estiment que la reprise d’un emploi à temps plein rémunéré au SMIC augmente, selon la configuration du ménage, le revenu disponible de l’ordre de 700 à 1 200 euros par personne. Leur calcul compare les revenus gagnés (salaire et prime d’activité) et les revenus perdus (RSA, aides au logement, etc.) lors du passage de l’inactivité à l’emploi.

Exemple chiffré : pour un couple avec deux enfants, la reprise d’un emploi au SMIC pour l’un des conjoints procure un gain de 835 euros par mois ; si les deux membres travaillent au SMIC, le gain atteint 932 euros par personne, selon les chiffres communiqués au Monde par Guillaume Allègre.

En l’absence d’emploi, ce même couple percevrait selon ces calculs 1 752 euros d’aides, soit l’équivalent de 1,2 SMIC pour le foyer ou 0,6 SMIC par personne. Il s’agit toutefois d’un niveau de revenus inférieur d’environ 1 000 euros à celui d’un couple où chacun toucherait le SMIC (2 886 euros au total), ce qui remet en cause l’idée d’un effet d’aubaine massif lié aux prestations sociales.

Comment a été obtenu le « 1,7 SMIC » de Retailleau

Le chiffre avancé par M. Retailleau provient d’une note technique publiée sur le site officiel des Républicains. Elle construit un foyer fictif : deux adultes de plus de 25 ans sans emploi, logés en HLM à Tours (Indre-et-Loire). La note additionne toutes les aides auxquelles ce couple pourrait être éligible, qu’il s’agisse d’aides monétaires (RSA, allocations familiales, allocation de rentrée scolaire, aide au logement) ou d’aides en nature et de prestations facultatives (cantine scolaire, chèque énergie, abonnements de transports à tarif social, aides au permis de conduire, aides aux vacances, télécommunications, etc.).

En supposant que le couple demande et obtienne chaque année l’ensemble de ces prestations, la note atteint un total de 2 374 euros par mois, soit 1,7 fois le montant mensuel du SMIC retenu par les auteurs de la note. M. Retailleau insiste sur l’importance de « faire l’addition » entre aides monétaires et aides en nature pour mesurer le soutien public perçu par un foyer.

Limites méthodologiques et sens des comparaisons

Cette accumulation exhaustive soulève plusieurs objections méthodologiques. D’abord, certaines prestations citées ne sont pas réservées aux seuls inactifs : allocations familiales, allocation de rentrée scolaire ou aides aux transports peuvent bénéficier à des personnes actives. Les présenter comme un avantage exclusif des bénéficiaires du RSA est donc réducteur.

Ensuite, comparer les aides versées à un foyer de quatre personnes avec les revenus d’un couple sans enfant biaise la lecture : les aides liées aux enfants répondent à une politique familiale qui s’applique indépendamment de la situation professionnelle des parents. Diminuer ces prestations pour corriger le « problème » pointé par la note reviendrait à revoir l’objectif même de la politique familiale, remarque l’économiste cité dans les travaux de l’OFCE.

Enfin, rapporter le total des aides à un équivalent SMIC individuel masque les difficultés matérielles du foyer étudié. Le montant de 2 374 euros correspond, une fois ajusté par unité de consommation (2,1 unités pour ce ménage), à environ 1 130 euros de revenu disponible par unité, un niveau inférieur à la médiane du niveau de vie à Tours (1 940 euros en 2021 selon l’Insee) et proche, voire en-dessous, du seuil de pauvreté national (1 288 euros en 2021, Insee).

Autrement dit, même si la somme des prestations peut atteindre 1,7 SMIC en valeur brute, le pouvoir d’achat réel et les conditions de vie de la famille fictive restent modestes, ce qui relativise l’argument selon lequel les aides décourageraient le retour à l’emploi.

Au terme de ces éléments, la thèse défendue par Bruno Retailleau repose sur une lecture sélective et une agrégation d’aides qui ne reflète pas nécessairement le gain net et les conditions de vie comparées entre inactivité et emploi.

Parlons Politique

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