Citoyens congolais et observateurs internationaux demandent des preuves : le SGRT et GoldConnect peuvent-ils réellement acheminer 40% du produit de l’or vers les coopératives et financer 2,5 M$ d’infrastructures par coopérative sans perte de traçabilité ni d’État ?

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Le dispositif SGRT / GoldConnect promet de mieux rémunérer les coopératives d’orpailleurs et d’investir 2,5 millions de dollars par coopérative pour des infrastructures. Analyse factuelle des mécanismes annoncés, des risques de mise en œuvre et des conditions à respecter.

Quand l’or artisanal devient un test de souveraineté

Quand une coopérative d’orpailleurs gagne enfin plus sur son or, la question n’est pas seulement le prix. Qui capte la valeur, qui la sécurise, et qui assume le risque si le mécanisme déraille ?

En République démocratique du Congo, la réponse passe par un sujet ancien : la formalisation. L’EITI rappelle que, dans les filières 3T et or, la traçabilité reste un besoin urgent; l’OCDE souligne, elle, qu’un secteur artisanal informel reste une source majeure d’emplois dans les zones de conflit, mais qu’il ne produit des effets durables que s’il est encadré et dûment contrôlé.

Ce que propose le programme AXIS

Le dispositif mis en avant sur la plateforme du programme national AXIS s’articule autour de deux pièces : SGRT, le Sovereign Gold Reserve Token, et FCRT, adossé au carbone forestier. L’ensemble est présenté comme un projet public-privé où le Fonds social de la RDC et Phoenix Capital pilotent GoldConnect et WinstantGold, avec plus de 300 coopératives d’or déjà associées au projet. La plateforme mentionne aussi MACC Pay, WorldKYC et FraudTrack pour les paiements, l’identification et le contrôle des flux. fiche SGRT du programme AXIS

Le SGRT n’est pas présenté, à ce stade, comme un produit de masse. La logique affichée est celle d’une prévente de gré à gré, d’abord réservée à des investisseurs accrédités et institutionnels. Le jeton est décrit comme adossé à 1 gramme d’or; le basculement vers une diffusion plus large est annoncé pour l’automne 2026. Cette montée en charge compte, parce qu’elle dira si le projet reste un outil de niche ou s’il peut vraiment sortir du cercle des initiés.

Pourquoi le moment est favorable

L’or reste porté par la méfiance des marchés. En 2025, le World Gold Council a compté 53 nouveaux records historiques du prix de l’or. Début avril 2026, il note encore des flux positifs vers les ETF or, avec 21 tonnes d’entrées au tout début du mois. Autrement dit, l’appétit des investisseurs ne s’est pas évaporé, même après des phases de correction. données officielles sur le prix de l’or

Ce contexte aide le SGRT. Un actif indexé sur le métal jaune devient plus séduisant quand le marché cherche une valeur refuge. Mais il expose aussi ses acheteurs à la même réalité que l’or physique : quand le prix monte vite, les promesses d’adossement paraissent solides; quand il se retourne, la liquidité devient le vrai sujet.

La promesse de partage de valeur

Sur le papier, GOLDCONNECT veut aller plus loin qu’un simple comptoir d’achat. Le document de modélisation publié par AXIS parle d’une clé de répartition où les coopératives toucheraient 40% du produit de vente de l’or au prix LBMA, c’est-à-dire le prix de référence de Londres. Il prévoit aussi 2,5% pour un fonds communautaire et un investissement initial de 2,5 millions de dollars par coopérative, destiné aux infrastructures sociales et communautaires. document de modélisation GOLDCONNECT

Si ce schéma tient, les gagnants sont faciles à identifier. Les coopératives gagneraient une part plus prévisible, des équipements, une meilleure sécurité et un accès plus clair au marché. Les communautés gagneraient des écoles, des routes, de l’eau ou des services de base, si les fonds sont réellement versés et suivis. L’État, lui, récupérerait enfin une partie de la valeur qui s’évapore aujourd’hui dans les filières parallèles.

Pourquoi les sceptiques demandent des preuves

Le problème n’est pas l’idée de formaliser. C’est l’exécution. Le World Bank souligne que le secteur artisanal reste traversé par des coûts de sécurité, des problèmes de santé, des risques pour les femmes et un manque de protection sociale; il rappelle aussi qu’elles représentent environ un tiers de la main-d’œuvre artisanale. L’OCDE, de son côté, insiste sur la nécessité de la diligence raisonnable et de la traçabilité dans les zones à haut risque.

En RDC, la formalisation bute aussi sur la mécanique administrative. La Banque mondiale note qu’obtenir un statut formel peut exiger plusieurs démarches, plusieurs administrations et des frais de facilitation additionnels. C’est une autre façon de dire qu’un projet minier, même bien conçu, peut se perdre dans la paperasse si l’État ne suit pas. Cette contrainte pèse surtout sur les petites structures, pas sur les gros acteurs qui ont déjà des équipes juridiques et financières.

Ce que le projet changerait, et pour qui

Pour les promoteurs, l’enjeu est clair: transformer l’or artisanal en actif financier traçable, payer mieux, et garder la valeur sur place. Pour les coopératives, l’intérêt est immédiat si les paiements sont réguliers et si les équipements suivent. Pour les autorités, le projet sert aussi de vitrine: il montre qu’on peut théoriquement capter une partie de la richesse du sous-sol sans passer par un modèle purement extractif.

Mais l’autre camp a des arguments solides. Les acteurs de la gouvernance minière rappellent qu’un jeton ne remplace ni l’inspection, ni la fiscalité, ni la lutte contre les sorties clandestines vers les pays voisins et les places de négoce régionales. L’enjeu n’est donc pas seulement de créer un produit financier. C’est de prouver que chaque gramme annoncé correspond bien à un gramme contrôlé, vendu, payé et audité.

Ce qu’il faut surveiller d’ici l’automne 2026

Le vrai test arrivera avec l’ouverture plus large annoncée pour l’automne 2026. D’ici là, il faudra regarder trois choses : la capacité du programme à documenter ses volumes, la vitesse à laquelle les coopératives sont réellement intégrées, et la façon dont les autorités congolaises arbitreront entre innovation financière et contrôle public. Si le dispositif reste lisible, il peut devenir un laboratoire. S’il devient opaque, il ajoutera une couche de plus à un secteur déjà fragmenté.

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